La finalité est un fait permanent et incontestable au niveau des êtres vivants, comme Kant l’avait déjà remarqué. Dans un organisme, la partie est finalisée pour participer au tout.

Au niveau de la nature en général, la finalité est attestée par le fait que l’univers évolue ; ce qui veut dire d’une part qu’il ne tourne pas en rond, d’autre par qu’il ne régresse pas non plus, mais qu’il connaît un développement, ou plus exactement un déroulement : évolution, du latin « evolutio » ; « action de dérouler », sens qui vient de l’action de dérouler un rouleau, d’où action de lire, lecture : l’univers en se déroulant devient de plus en plus lisible.
Ça tombe bien, il a produit en son sein une espèce intelligente capable au moins en partie de le lire.

Le fait que la science non seulement n’ait pas besoin mais doive impérativement se passer de toute idée de finalité pour pouvoir lire l’univers ne signifie pas qu’il n’y a pas de finalité, mais que celle-ci est au-delà du « mécanisme » à l’oeuvre dans l’univers.

Pour faire une comparaison qui a ses limites, mais qui est également éclairante à ce stade de la réflexion : je n’ai pas besoin de savoir dans quel but a été inventé l’ordinateur pour le démonter, analyser son fonctionnement, saisir les connections entre ses composants.
Il n’empêche que ces composants ont pour finalité le fonctionnement du tout, comme dans un organisme vivant.
La différence est que dans l’organisme vivant, cette finalité est immanente (intégrée et indissociable), tandis que pour l’ordinateur, elle est donnée de l’extérieur.

C’est là que ça devient intéressant.
Car la question est de savoir si la finalité immanente observable dans un organisme vivant et plus généralement dans le développement de l’univers, si cette finalité pourrait exister si nul ne l’y avait mise ?
Autrement dit une finalité immanente ne nécessite-t-elle pas, pour pouvoir être, qu’existe une finalité transcendante (c’est-à-dire qui la dépasse absolument) ?
Or, que l’univers se développe sans le savoir est un fait, mais il ne se développe que parce qu’un savoir-se-développer est inscrit en lui !
(Notons en passant, que comme l’univers ne le sait pas, il commet nécessairement des erreurs au cours de son évolution, mais il faut noter que celle-ci conserve néanmoins son orientation fondamentale : l’évolution est bien un développement, du moins jusqu’ici).

Conclusion.
Puisque l’univers se développe sans le savoir mais selon un savoir-se-développer inscrit en lui, ce savoir vient nécessairement de l’extérieur : il s’agit bien d’un savoir transcendant.
Autrement dit, l’absence de finalité (autre qu’immanente) constatée dans l’évolution de l’univers, au contraire de montrer l’inexistence d’une Finalité, découle de l’existence même de cette finalité, dont elle illustre admirablement la pure Transcendance.
L’univers est très islamique.

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