Dieu n’a pas une double nature, rien de ce que Dieu Crée n’a de double nature ; et voilà que, 450 ans après le passage de Jésus sur terre, des hommes ont élaboré une idéologie l’affublant d’une double nature.
Pourquoi cela ? Pour concilier les nombreux passages des textes des évangiles où l’humanité de Jésus éclate, avec les quelques rares passages, tenant plus de la métaphore que de l’explication, qui laisseraient entendre que Jésus relèverait de la divinité.
A noter que si le Coran n’avait pas affirmé clairement la nature humaine de Jésus en des versets sans équivoques, on aurait pu tout aussi bien tirer d’autres versets dans le sens d’une supposée divinité.
Ce que nous voulons souligner ici, c’est le caractère insoutenable d’un être double, que ce soit sur le plan existentiel ou sur le plan spirituel, et d’autre part l’incompatibilité de cette double nature avec la Nature de Dieu.

  • Le caractère insoutenable d’un être double. Comment Jésus aurait-il pu savoir et ne pas savoir, avoir la puissance et ne pas l’avoir ; et ce, non pas dans l’au-delà, mais ici-bas, lors de son passage sur terre ? Or ce fut le cas. Il s’ensuit que même lorsqu’il semblait avoir la puissance, celle-ci lui était donnée et non acquise ou naturelle, bref qu’il accomplissait des miracles non en tant que divinité mais bien par la permission et par la grâce de Dieu, comme tout homme accomplissant des miracles. Sur terre donc, il n’avait qu’une seule nature, soumise à Dieu et connaissant les limites de la nature humaine telle que nous la connaissons. De sorte que sa nature divine supposée se trouvait dans l’au-delà, toute entière séparée de sa nature humaine ici-bas. Il ne pouvait nullement la convoquer à loisir, ou passer sur terre d’une nature à une autre. Autrement dit il ne maîtrisait en rien cette nature divine. Il ne fut lors de son passage sur terre qu’un homme et un prophète exceptionnel, doté de dons exceptionnels, mais nullement un être pleinement humain et pleinement dieu. Alors finalement, en quoi était-il « pleinement dieu », s’il ne l’était en rien ici-bas ? Comment Dieu avait-il pu devenir « pleinement homme » au point de ne plus être Dieu en quoi que ce soit ? On a voulu nous expliquer que Dieu s’était dépouillé de Lui-même, s’était fait homme pour partager la condition humaine et se rapprocher de l’homme ! Comme si Dieu dans Sa perfection ne connaissait pas parfaitement la condition de sa créature ! Comme si l’homme pouvait mieux sentir la Proximité de Dieu… à travers un homme n’ayant ici-bas rien de Dieu ! Il y a ici une contradiction définitive.
  • L’incompatibilité de la double nature avec la Nature de Dieu. Dieu n’a pas une double nature ; Dieu est Un et telle est Sa nature. Dieu dans Sa perfection et Son unité est omniscient, omniprésent, omnipotent. Si Dieu était uniment omniscient et non omniscient, omniprésent et non omniprésent, omnipotent et non omnipotent, et bien alors il ne serait ni parfaitement omniscient, ni parfaitement omniprésent, ni parfaitement omnipotent. Cela reviendrait tout simplement à dire que Dieu est Dieu et n’est pas Dieu, que Dieu est Un et séparé, éternel et mortel. On atteint là le comble du non sens. Dieu ne cesse pas d’être Dieu, Dieu ne se sépare pas, Dieu ne meurt pas.

Quand Jésus meurt, c’est un homme qui meurt, quand Jésus se sent uni à Dieu, c’est un homme qui ressent ce qui unit l’homme à Dieu, quand Jésus s’en remet à Dieu, c’est un homme qui sait tout devoir à Dieu.

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Conclusion. Jésus était tout particulièrement aimé de Dieu ; Dieu mit en lui « toute Son affection » : cependant Dieu ne s’aimait pas Lui-même en aimant Jésus, comme Il ne s’aime pas Lui-même en nous aimant. Dieu n’est pas égocentrique. Dieu ne meurt pas Lui-même – en aucune façon – quand Jésus meurt. Enfin Dieu, contrairement à Jésus, n’est pas… « un avec Dieu » – mais… tout simplement Dieu !

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A propos de la méthodologie interprétative des textes sacrés.

(Sur une certaine façon « chrétienne » d’interpréter l’évangile attribué à Mathieu)

Quand on veut prouver quelque chose, on part à la recherche d’indices.

Quand on a trouvé quelque chose qui pourrait y ressembler, on doit se demander si la ressemblance est juste une ressemblance ou si elle peut aller jusqu’à l’identité.

Dans la démarche exposée ci-dessous (dont je n’ai pris que quelques échantillons représentatifs), il s’agit de prouver par les textes l’identité de Jésus et de Dieu. On voit bien ce qui ne va pas : la démarche s’arrête au deuxième stade… comme preuve du troisième.

Premier exemple :

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=> Jésus est « omniprésent » 1) Matt 18:20 et 2) 28:20

En fait :

1) Matthieu 18:19-20 : Je vous dis encore que, si deux d’entre vous s’accordent sur la terre pour demander une chose quelconque, elle leur sera accordée par mon Père qui est dans les cieux. Car là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d’eux.

En fait d’omniprésence, elle est une présence au milieu de ceux assemblés au nom de Jésus, présence dont la nature est précisée comme étant une chose accordée par le Père aux disciples de Jésus.

2) Matthieu 28:19-20 : Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde.

Il y a plusieurs façons d’être avec quelqu’un : quand je dis à quelqu’un « bon courage, je suis avec toi », la personne n’en déduis pas que je suis omniprésent. D’ailleurs, quelle que soit la puissance télépathique et télé sympathique (hypothétique) de l’esprit, on reste loin de l’omniprésence de Dieu, qui est Présent dans la moindre brindille, le moindre grain de sable, plus proche de chaque homme que sa veine jugulaire (Coran).

Deuxième exemple :

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Jésus est « omnipotent » Matt 28:18

En fait :

Matthieu 28:17-18 : Quand ils le virent, ils se prosternèrent devant lui. Mais quelques-uns eurent des doutes. Jésus, s’étant approché, leur parla ainsi : Tout pouvoir m’a été donné dans le ciel et sur la terre.

Le simple fait énoncé par Jésus lui-même que « tout pouvoir » lui ait été « donné » suffit à infirmer son omnipotence : l’omnipotence ne serait pas omnipotente si elle devait avoir reçu son pouvoir : seule la Puissance capable de donner ce pouvoir peut être qualifiée d’omnipotente.

Ajout :

Etant donné les écarts mis ici en évidence avec juste un peu de bon sens entre indices apparents et preuves achevées, on serait en principe plutôt amené à rectifier l’orientation de la recherche : il se pourrait en effet que les pouvoirs… accordés à Jésus prouvent justement… qu’il n’est pas Dieu. On devrait alors partir à la recherche d’indices pouvant confirmer cette nouvelle hypothèse. Le cas échéant, on devrait se demander si ces indices aboutissent ou non à une preuve.

Ces indices existent et les chrétiens le savent. Du coup ils ont élaboré un nouveau concept, pour justifier que Jésus, tout en étant « dieu », était on ne peut plus humain ; non pas seulement qu’il mangeait, marchait, dormait, etc., mais qu’il avait des moments de faiblesse comme tout humain, une certaine ignorance comme tout humain, et une certaine impuissance comme tout humain.
Ce concept est celui de la « double nature » : en 451, le concile de Chalcédoine formule l’idée selon laquelle Jésus est « un » de « deux natures », à la fois homme et Dieu, sans confusion ni absorption, « la différence des natures n’étant nullement supprimée à cause de l’union, la propriété de l’une et de l’autre étant bien plutôt sauvegardée et concourant à une seule personne et une seule hypostase, un Christ ne se fractionnant ni ne se divisant en deux personnes, mais un seul et même Fils, unique engendré, Dieu Verbe, Seigneur Jésus-Christ. »

Cette étourdissante « définition » soulève de gros problèmes : par exemple, comment la « propriété » de la divinité peut-elle être sauvegardée dans la mort de Jésus ?

Comment la « propriété » divine peut-elle « concourir » à une seule personne qui ignore des choses que le « Père » seul connait ?

Comment Dieu peut-il ne pas être divisé en deux personnes quand Jésus qui est Dieu prie le « Père » qui est Dieu ?

Comment tout simplement un être humain peut-il être à la fois homme et Dieu ? Car enfin, s’il est homme il n’est pas Dieu, et réciproquement, « sans confusion ni absorption ».
Car sinon il ne s’agit plus d’un homme, ni de Dieu, encore moins d’une double nature, mais d’une nouvelle nature d’homme, inconnue sur terre : un homme qui ne mourrait plus par exemple…

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