Commentaires de l’évangile attribué à Matthieu, versets 5.17-20 et  23.23.

« Ne pensez pas que je sois venu pour abolir la loi ou les prophètes. Je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir. » C’est clair et net. Il n’est pas question d’abolir la loi.

« En vérité je vous le dis, jusqu’à ce que le ciel et la terre passent, pas un seul iota, pas un seul trait de lettre de la loi ne passera, jusqu’à ce que tout soit arrivé. »
Remarquable est l’insistance de ces paroles, marquées par une répétition assortie d’une double hyperbole : « pas un seul iota », « pas un seul trait de lettre ».

Ce n’est pas tel ou tel commandement qui ne pourrait pas être effacé, mais le moindre petit aspect de la moindre loi. Cela est confirmé immédiatement après : « Celui donc qui violera l’un de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire de même, sera appelé le plus petit dans le royaume des cieux ».

On a voulu réduire la loi au Commandement d’aimer Dieu et son prochain comme soi-même, mais ces paroles ne laissent place à aucune équivoque : même le « plus petit commandement » doit être respecté. Respecté et appliqué : « celui qui les mettra en pratique et les enseignera, celui-là sera appelé grand dans le royaume des cieux. »

Par contre cette application ne doit pas être légaliste mais spirituelle : « Car je vous le dis, si votre justice n’est pas supérieure à celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux. »


Cette justice supérieure, en quoi consiste-t-elle ? Non pas à ne pas observer les commandements, nous l’avons vu, mais à envelopper cette observance dans le Commandement premier : « Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! Parce que vous payez la dîme de la menthe, de l’aneth et du cumin, et que vous laissez ce qu’il y a de plus important dans la loi : le droit, la miséricorde et la fidélité; c’est là ce qu’il fallait pratiquer sans laisser de côté le reste. »

C’est encore une fois limpide : il ne s’agit pas une seule seconde de se croire dispensé d’observer un commandement (ici la dîme prise en exemple), mais il s’agit de le faire dans un esprit de miséricorde.
On note comment ces paroles insistent, encore, sur la nécessité d’observer la loi, de ne pas la délaisser, mais de la pratiquer avec miséricorde, car la miséricorde n’est pas un Commandement parmi d’autres, mais celui qui doit être présent dans l’observance de tous : « c’est là ce qu’il fallait pratiquer sans laisser de côté le reste. »
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Conclusion. Comme le Coran, la Torah et l’évangile contiennent des Prescriptions divines ; comme dans le Coran, celles-ci sont cependant subordonnées à l’accomplissement prioritaire de la miséricorde. Si Dieu a donné aux croyants des obligations religieuses, c’est pour « cadrer », soutenir, leur évolution spirituelle. Ce qui signifie que sans ce « cadre », les hommes ont tôt fait de « réinventer » Dieu et de suivre leurs idoles matérielles ou spirituelles. Les paroles que nous avons rapportées ici de Jésus, extraites de l’évangile attribué à Mathieu, nous rappellent que le « cadre » n’a pas de valeur en lui-même, mais que ce qui compte, pour poursuivre la métaphore, c’est le tableau ; autrement dit, comment chacun fixe sur la toile de l’existence le motif spirituel de sa destinée.

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