Un jour, Omar Ibn Al Khattab, qu’Allah l’agrée, alors qu’il était calife, était très tourmenté. Il envoya appeler Abdallah Ibn Âabbas, qu’Allah l’agrée, et le questionna: « Comment se fait-il que cette communauté se divisera alors qu’elle a une religion, un Prophète, un livre et une qibla (direction de prière)? ». Il répondit: « Ô Calife, quand le Coran a été révélé nous étions présents, nous avons su pourquoi il était descendu, nous avons su l’interpréter et l’appliquer là ou il fallait. Mais des gens vont venir, ils liront le Coran sans connaître les circonstances de sa révélation, chacun l’interprétera et l’expliquera à sa manière, ils se diviseront, ils se disputeront et ils s’entretueront ».

Remarque on ne peut plus pertinente et vérifiée, venant de celui qui n’hésita pas à ne jamais appliquer la sanction de la main coupée, qui semble pourtant se trouver dans le Coran, mais qui n’est peut-être qu’une métaphore, et qui contredit la notion de sanction proportionnée, qui est aussi dans le Coran, et la notion de pardon, qui est aussi dans le Coran.
Le Coran doit se prendre comme un tout pour pouvoir se comprendre.
Nous ne connaissons que de façon relative et même incertaine la plupart des circonstances de la Révélation. Cependant le Coran est un livre qui s’annonce clair, explicite, sans contradiction, et en couronnement du tout, Expression de la Miséricorde de Dieu.
En sorte que le Coran fournit lui-même les clés de son interprétation.
Toute interprétation qui oppose un verset à un autre verset, une partie du Coran à une autre partie ; qui obscurcit ce qui est clairement écrit ; qui enfin et surtout privilégie une compréhension sans miséricorde à la compréhension miséricordieuse ; cette interprétation présente toutes les caractéristiques d’une déviation, d’une réduction, d’une fermeture au Sens d’une Parole qui s’annonce en outre infinie, inépuisable.
Si l’on en vient en plus à s’entre tuer, au propre ou au figuré, à propos de différences d’interprétations, on est assuré d’avoir atteint le comble de l’égarement.
Chaque génération, chaque communauté, chaque individu est appelé à réfléchir, méditer, s’instruire, en utilisant la méthodologie coranique énoncée ci-dessus : se fonder sur les versets sans équivoque, travailler dans l’unité coranique, rechercher l’enseignement de Miséricorde.
Enfin, parce que la Parole s’annonce elle-même comme débordant tout espace de compréhension, nous devons apprendre à ne pas figer, fermer l’Enseignement coranique.
Nous devons apprendre à lire le Coran d’après le Coran, qui demeure le Coran de toujours, donc le Coran des premiers jours de la Révélation.
Nous devons retrouver la virginité interprétative des premiers musulmans : le Coran selon le Coran, quand bien même il heurtait et il heurterait nos arriérations, parce que le Coran fut et demeure Vecteur d’émancipation, d’élévation, de générosité, de bonté, d’égalité, de fraternité, d’humilité, de fraternité, de pardon… et c’est ça, la Sunna.
En particulier, ce que le Coran n’a pas édicté mais que des hommes ont appliqué selon leurs interprétations ne saurait être considéré comme ayant valeur d’ajouts à l’Enseignement de Dieu ; plus particulièrement encore, ce que le Coran n’a pas interdit ne saurait être interdit : les non-dits du Coran ne sont pas des interdits ; ne sont dus ni au hasard ni à des oublis mais représentent la part laissée à la responsabilité de l’homme, en tant que lieu-tenant, représentant de Dieu sur terre (khalifa) pour ajuster la Miséricorde à l’évolution humaine dans le sens de : parachever la noblesse des comportements.
Tout ce qui, sauf à être explicitement interdit dans le Livre explicite, permet à l’homme de se responsabiliser, de s’ennoblir et d’ennoblir les relations humaines représente cette part laissée à l’homme sur le chemin du retour à Dieu.
Sont ainsi à reconsidérer (outre ce que Dit explicitement le Coran, outre ce que Dit interprétativement le Coran) l’ensemble des non-dits coraniques – (concernant par exemple les droits de la femme, qui reste trop souvent dans des situations qui appellent des évolutions généreuses, justes et fraternelles), non-Dits dont un héritage assez lourdement patriarcal a plutôt eu tendance à faire des interdits, comme autant de portes fermées à double tour.

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