Contrairement au préjugé qui imputerait à une  nature soit disant belliqueuse de Muhammad ses faits d’arme, faisant a contrario de Jésus un pur exemple de douceur, Muhammad était un homme  aussi doux que droit, à l’âme généreuse, humble et pardonneuse, et Jésus – que la paix soit sur lui – fut tout sauf un adepte du bisounours.

Comment Jésus aurait assumé la mission muhamadienne, comment Muhammad aurait assumé la mission évangélique, nous n’en savons tout simplement rien.
Les temps et les hommes étaient radicalement autres, les enjeux et les dangers de natures complètement différentes.
Jésus aurait détruit sa mission en recourant – inutilement – à la violence physique ; Muhammad aurait détruit la sienne s’il s’était dérobé au devoir de défendre physiquement l’Islam nouveau né.

C’est ce que nous allons mettre en évidence en rappelant synthétiquement les étapes clés, les contextes et les périls spécifiques auxquels furent exposées respectivement les missions de Muhammad et de Jésus.

Cette synthèse s’appuie entre autres sur les recherches du docteur Mohammed Hamidollah, sur les travaux de Daniel Marguerat, de la  faculté de théologie de l’université de Lausanne  et pour finir sur l’évangile de Luc.

Ce travail est assez long mais constitue nous l’espérons un document utile à conserver, partager, diffuser, en vue d’une plus juste compréhension chrétienne du prophète de l’Islam, insha’Allah, Bi idni Lah.

***

Jésus, protégé par Dieu dès sa naissance et durant toute son enfance, bénéficia pour accomplir sa mission de dons exceptionnels de Dieu, s’adressa à un peuple préparé à sa venue, peuple qui le protégea constamment en dissuadant ses ennemis de toute attaque directe,  de sorte que sa mission comme sa personne physique ne furent jamais mises en péril jusqu’à son arrestation ; il put donc mener un combat purement verbal, appuyé de miracles, pour conquérir les cœurs.

A l’inverse, Muhammad connut l’adversité dès l’enfance, ne put s’appuyer que sur ses qualités personnelles reconnues, s’adressant à des populations massivement détournées de Dieu, qui ne l’attendaient en aucun façon, et se trouva immédiatement exposé à des complots conjugués, à des tentatives de meurtre, sans aucune protection populaire ; situation qui s’amplifia avec les premières conversions, exposant sa personne physique comme celle de ses compagnons et celle des convertis à des situations guerrières sans foi  ni loi.
Il dut donc accepter l’injonction coranique à défendre physiquement l’Islam nouveau né dans un combat dont la dimension spirituelle fut cependant l’arme décisive de la victoire incroyable de sa mission.

***

1) Muhammad saws, celui que l’on n’attendait pas.

– Le contexte humain et spirituel avant la Révélation.

Du point de vue religieux, l’Arabie était idolâtre ; rares étaient ceux qui avaient embrassé des religions telles que Christianisme, Mazdéiisme, etc… Les Mecquois avait la notion d’un Dieu unique, mais ils faisaient intercéder les idoles auprès de Lui, et chose assez curieuse, ne croyaient ni à la résurrection, ni à la vie de l’au-delà. Ils avaient conservé le pèlerinage de la Maison du Dieu unique, « la Kaâba », institution remontant à leur ancêtre Abraham, mais les deux mille ans qui les séparaient d’Abraham avaient fait dégénérer ce pèlerinage en une foire commerciale, une idolâtrie sordide sans la moindre influence sur le comportement individuel, tant social que spirituel.

– Ni père, ni mère.

Son père, Abdallah était mort quelques semaines auparavant; c’est son grand père qui le prit à sa charge. Selon les coutumes, la mère remit le bébé à une nourrice bédouine, chez laquelle il passa dans le désert plusieurs années. Les biographes sont unanimes à signaler qu’il tétait à un seul sein de sa nourrice, laissant l’autre à son frère de lait. A peine fut-il rentré à la maison que sa mère, Aminah, l’amena chez ses oncles maternels à Médine, pour visiter le tombeau d’Abdallah, mais sur le chemin du retour, elle rendit le dernier soupir. Peu de temps après, le vieux grand-père décéda également.

A l’âge de huit ans, ayant déjà connu tant de douleurs, il résida avec son oncle, Abou-Tâlib. Les qualités de cœur de celui-ci étaient limitées par la charge d’une nombreuse famille et peu de ressources.

Le jeune Muhammad saws dut aussitôt travailler pour gagner sa vie : il faisait paître les troupeaux de voisins. Dès l’âge de dix ans, il accompagna son oncle en Syrie, lorsque celui-ci y mena une caravane.

A 25 ans, son honnêteté était connue par tous. Il était surnommé Al Amine, le digne de confiance.

Vers l’an 605 après Jésus-Christ, les rideaux qui couvraient l’extérieur du Temple prirent feu; le bâtiment ainsi affaibli ne put résister aux pluies torrentielles qui suivirent: tout fut démoli. On reconstruisit bientôt le temple les citoyens y contribuèrent, chacun selon ses moyens, prenant soin de n’accepter que les sommes honnêtement gagnées. Tout le monde y travailla comme maçon, y compris Muhammad saws, qui se blessa en transportant des pierres. Pour marquer le départ des processions rituelles autour de la Kaaba, le bâtiment comportait la pierre noire. Quand on en vint à remettre on place cette pierre vénérée, une grande discussion s’éleva parmi les citoyens qui en aurait l’honneur? On était sur le point de tirer l’épée, quand quelqu’un suggéra de remettre l’arbitrage à la providence : on convint que le premier qui surviendrait déciderait.

Tout à coup, Muhammad saws apparut, il venait travailler là comme d’habitude. Du fait de sa bonne réputation, on l’accepta comme arbitre sans hésitation. Il étendit sa houppelande sur le sol, y plaça la pierre noire, appela les chefs de toutes les tribus de la ville pour soulever la pierre par l’étoffe, et il posa lui-même la pierre dans l’angle voulu.

– Une longue suite de persécutions.
Pendant les trois ans d’interruption de la Révélation, le prophète s’adonna de plus en plus à la prière et aux pratiques spirituelles. Les révélations reprirent et Dieu lui ordonna de proclamer « ouvertement » : « Nous te suffisons vis-à-vis de ceux qui se moquent. » (15/94-95).

L’opposition dégénéra peu à peu en persécution physique, aussi bien contre le prophète, que contre ceux qui se convertissaient.

On les mettait sur le sable brûlant d’été, on les cautérisait, on les enfermait avec des chaînes aux pieds ; d’aucuns furent tués..

A la suite de l’émigration d’un grand nombre de Musulmans mecquois en Abyssinie, sur les conseils du prophète, les chefs du paganisme envoyèrent un ultimatum aux Banou-Hachim, de la tribu du prophète, leur enjoignant de l’excommunier et de le livrer aux païens pour être décapité.

Tout le monde dans la tribu, converti à l’islam ou non, rejeta cette exigence (toutefois Abou Lahab, un des oncles du Prophète, fit défection, et quitta la tribu pour participer à la persécution de sa propre tribu de la part des païens).

– Misère noire.

La cité décida alors un boycottage complet de cette tribu. Personne ne devait parler à ses membres, ni avoir des rapports commerciaux ou matrimoniaux avec eux. Les tribus habitant aux alentours de la Mecque, alliées des Mecquois, adhérèrent elles aussi à ce boycottage total, causant une misère noire chez leurs victimes innocentes, enfants, femmes, vieillards, sans distinction.

Certains moururent ; mais personne ne voulut livrer le prophète à ses persécuteurs. Après trois dures années, pendant lesquelles les victimes furent obligées de consommer même les peaux hachées des bêtes, quatre ou cinq non-musulmans, plus humains que les autres, et appartenant à des clans différents, proclamèrent publiquement leur désaveu du boycottage injuste.

Au même moment, le pacte de boycottage, suspendu dans la Kaabah était trouvé, comme le prophète l’avait prédit, rongé par les termites ; seuls les noms de Dieu et de Muhammad saws étaient épargnés.

L’interdiction fut levée ; mais par suite des privations, la femme et l’oncle du Prophète moururent peu de temps après.

C’est à ce moment que le Prophète vécut son ascension (mi’raj). Il a été reçu au ciel par Dieu, il visita les merveilles du monde céleste, et rapporta à sa communauté, comme cadeau divin, la prière islamique, véritable pont entre l’homme et Dieu.

La nouvelle de cette rencontre céleste ne pouvait qu’accroître l’hostilité de la part des païens, et le prophète dut quitter sa ville pour chercher asile ailleurs. Il se rendit à Tâïf, chez ses parents, niais les païens le chassèrent à coups de pierres, le blessèrent et le contraignirent à rentrer à la Mecque.

Clandestinement et par petits groupes, la plus grande partie des musulmans émigra à Médine.

Les païens non seulement confisquèrent les biens laissés par les émigrants, mais préparèrent un complot pour assassiner le prophète.

Muhammad saws ne pouvait plus rester chez lui. Rappelons que malgré leur hostilité à Sa mission, les païens avaient confiance en sa probité, à tel point que beaucoup d’entre eux déposaient chez lui leurs épargnes. Muhammad saws confia ces dépôts à un de ses cousins Ali, pour qu’il les remette à leurs propriétaires puis il quitta clandestinement la ville, en compagnie de son ami fidèle Abou-Bakr, et après maintes aventures réussit à se rendre à Médine, sain et sauf.

Non contents de l’expulsion de leurs concitoyens musulmans, les Mecquois envoyèrent aux Médinois l’ultimatum de retirer toute protection à Muhammad saws et à ses compagnons ou de les expulser; évidemment sans succès.

Quelques mois plus tard, en l’an 2 de l’Hégire, ils envoyèrent une puissante armée contre le Prophète ; la rencontre eut lieu à Badr et les païens, trois fois plus nombreux que le groupe des musulmans furent mis en déroute.

Au bout d’un an de préparatifs, les Mecquois envahirent Médine pour se venger de la défaite de Badr. L’ennemi était quatre fois plus nombreux que les Musulmans ; après une sanglante rencontre à Uhud, il se retira.

– Le déclenchement des hostilités.

Entre temps, les citoyens juifs de Médine commencèrent à donner du souci : à la victoire de Badr, un de leurs grands chefs, Ka’b ibn al-Achraf, s’était rendu à la Mecque, pour montrer se solidarité avec les païens, et pour les inciter à une guerre de revanche.

Après la bataille d’Uhud, les juifs de sa tribu formèrent un complot pour assassiner le Prophète. Malgré cela, Muhammad saws se contenta de demander aux membres de cette tribu de quitter la région en emportant leurs biens, vendant leurs immeubles et récupérant leurs créances.

La clémence n’eut qu’un effet contraire : à partir de Khaibar, les expulsés se mirent en contact non seulement avec les Mecquois, mais aussi avec les tribus du Nord, du Sud et de l’Est de Médine, achetèrent leur aide militaire, et organisèrent une attaque sur Médine, quatre fois plus puissante que celle d’Uhud.

Les Musulmans se préparèrent pour un siège, creusèrent un fossé et se défendirent contre l’épreuve la plus dure ; mais la défection des Juifs restés dans la ville bouleversa toute la stratégie. On parvint à désunir les coalisés, qui se retirèrent l’un après l’autre.

Muhammad saws essaya alors de se réconcilier avec les Mecquois, et se rendit à Hudaibiyah, pas très loin de la Mecque La coupure de leur chemin caravanier du Nord avait ruiné leur économie. Il leur promit la sécurité du transit, l’extradition de leurs fugitifs qui se seraient rendus chez lui et toute autre condition qu’ils désireraient.

Il accepta même de rentrer à Médine, sans avoir pu faire le pèlerinage de la Kaâba.

Profitant de la paix, le prophète déploya une activité intense pour la propagation de sa religion: Outre ses efforts dans l’Arabie, il adressa des lettres missionnaires aux souverains étrangers de Byzance, de la Perse (l’Iran), de l’Abyssinie et autres.

Le prêtre « autocrator » (le « Dog hâture » des Arabes) de Byzance embrassa l’islam et fut lynché par la foule ; le Préfet de Ma’ân (Palestine), pour avoir fait la même chose, fut mis à mort et crucifié par l’empereur.

Les païens de la Mecque profitèrent des difficultés des musulmans et violèrent le traité de paix.

Bienveillance et magnanimité.

Le Prophète conduisit lui-même une armée de dix-mille hommes, et entra à la Mecque. Il rassembla la population de la ville, lui rappela ses méfaits : Persécution religieuse, confiscation injustes des biens des réfugiés invasions répétées, vingt ans d’hostilité insensée; puis leur posa la question: « Qu’attendez-vous de moi ? » Comme tous baissaient la tête avec honte, Muhammad saws proclama: « Que Dieu vous pardonne, allez en paix ; nulle charge contre vous aujourd’hui, vous êtes libres. »

Il renonça même aux biens que les païens avaient confisqués aux Musulmans. Cela transforma l’état psychologique et lorsqu’un chef mecquois s’avança spontanément vers l’envoyé de Dieu, à la suite de sa déclaration d’amnistie, pour se convertir à l’Islam, Muhammad saws lui dit: « Je te nomme gouverneur de la Mecque. »

Sans laisser un seul soldat médinois ou autre, le prophète rentra à Médine. L’lslamisation de la Mecque, achevée en quelques heures, fut complète et sincère.

– La guerre, encore.

La ville de Tâïf se mobilisa alors pour combattre le Prophète, mais l’armée ennemie fut dispersée dans la vallée de Hunaïn.
Cependant les musulmans préférèrent lever le siège de Tâïf et employer plutôt les moyens pacifiques pour briser la résistance de cette région. Moins d’un an après, une délégation de Tâïf se rendit à Médine pour annoncer son ralliement à l’Islam.

Elle demanda d’abord l’exemption des prières, des taxes, du service militaire, et aussi l’autorisation de l’adultère, des boissons alcooliques; elle demanda encore la conservation du temple de l’idole Lât, à Tâïf. La délégation eut honte de ses propres demandes concernant les prières, l’adultère et le vin : le pProphète leur concéda l’exemption du paiement des taxes et du service militaire, et ajouta : «Vous n’avez pas besoin de démolir l’idole de vos mains, nous enverrons des agents d’ici pour s’en occuper; s’il s’ensuit des malheurs, comme vous le font redouter vos superstitions, ce sont eux qui les subiront.»

La conversion des Tâîfites fut si sincère que, quelques mois plus tard, ils renoncèrent d’eux-mêmes aux exemptions contractées.

Durant ces dix années de combats, les non-Musulmans avaient perdu sur les champs de bataille, en tout et pour tout, quelques 250 hommes ; les musulmans encore moins.

En l’an 10 H., lorsque Muhammad saws se rendit à la Mecque pour le Hajj (pèlerinage), il y rencontra 140.000 autres fidèles, venus de tous les coins de l’Arabie.

Il leur adressa un sermon célèbre, où il résuma tout son enseignement :  croyance au Dieu unique sans icônes ni autres symbole ; égalité des croyants sans distinction de race ni de classe, sans autre supériorité qu’individuelle basée sur la piété ; protection de la vie, des biens et de l’honneur de tous les êtres; abolition du prêt à Intérêt (même non usuraire), abolition des vendettas et de la justice privée ; droit des femmes, obligation de répartir l’héritage entre les proches parents des deux sexes, excluant toute possibilité de cumul dés richesse entre les mains d’un petit nombre ; rôle de critère, conféré au Coran et au comportement du prophète, pour toute autre question.

A son retour à Médine, il tomba malade et mourut.

2) Jésus, que la paix soit sur lui, celui que l’on attendait.

La  généalogie, qui va d’Abraham à Jésus s’étire en trois fois quatorze générations (1,2-17) dans l’évangile de Mathieu. Si l’énumération de ces noms nous paraît aujourd’hui ennuyeuse, il faut bien saisir la fonction de ces listes dont la Genèse, justement, est friande : la généalogie dit l’appartenance à une lignée ; elle dit la filiation, l’insertion dans l’histoire d’un peuple. Si la filialité davidique l’insère dans la descendance du grand roi dont on attendait le Messie, Abraham est le père du peuple, par qui passe la bénédiction à Israël (Gn 17,7).

Du chapitre 1 au chapitre 3, une cascade de titres est attribuée à Jésus : après fils de David et fils d’Abraham (1,1), Emmanuel (1,23), roi des juifs (2,2), fils de Dieu (3,17). Dans ce raccourci d’Évangile qu’est le début du livre, la coloration juive de la titulature est massive.

Le nom même de Jésus est porteur de message : « un fils auquel tu donneras le nom de Jésus, car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés » (1,21). Jésus, Ieshoua, veut bien dire « Dieu sauve » ; mais le texte précise qu’il sauvera « son peuple ». Ce peuple n’est pas l’Église, mais Israël, le peuple de Jésus.

– Légitimité prophétique.

Au cœur du Sermon sur la montagne retentit avec la force d’un slogan l’assentiment du Jésus de Matthieu à toute l’Écriture d’Israël : « N’allez pas croire que je sois venu abroger la Loi et les Prophètes ; je ne suis pas venu abroger, mais accomplir » (5,17).

Il est précisé sitôt ensuite que pas un trait de la Loi ne passera, et que transgresser le moindre des commandements ou enseigner à le faire expose à être relégué au dernier rang dans le Royaume des cieux (5,18-19). Qui a des oreilles entende ! Tout au long de l’évangile, dès lors, les citations scripturaires alterneront avec les débats de Jésus et des Pharisiens sur l’interprétation de la Torah.

La longue litanie des malédictions du chapitre 23 sonne comme un glas : « Malheureux, scribes et Pharisiens hypocrites… ». En réalité, il s’agit moins d’une malédiction que d’une lamentation funèbre sur les Pharisiens qui égarent le peuple par un enseignement erroné : confondant juridisme et loyauté, ils mettent en avant leur minutie à interpréter la Torah – en prélevant la dîme sur les épices, par exemple ; or, cette pulvérisation de l’obéissance leur fait perdre de vue l’essentiel dans la Loi : la justice, la miséricorde et la fidélité (23,23). Égaré par ses guides, le peuple d’Israël ne peut que se fourvoyer (23,24).

La prise de Jérusalem par les légions de Titus et l’incendie du Temple le 29 août de l’an 70 est donc interprétée comme la punition divine devant le rejet du Messie. Une telle lecture, de la part des chrétiens, peut apparaître d’une insoutenable cruauté. Or, il n’en est rien. Matthieu ne fait rien d’autre que répéter ici ce que toutes les factions du judaïsme ont dit avant et après lui : la fin du Temple est une sanction divine qu’Israël s’est attiré par son infidélité.

– La Parole de Dieu rendue au peuple.

Le Jésus du Sermon sur la montagne démocratise la compréhension de la Torah comme elle ne l’a jamais été auparavant.

Jésus ne vient pas ruiner l’autorité de la Torah ; il lui rend au contraire sa vigueur par sa parole interprétative. Mais ce n’est pas la Loi en tant que telle, c’est la Loi relue par Jésus qui reçoit autorité. Le « mais moi je vous dis » manifeste la volonté réformatrice de Jésus, venu restaurer le droit de Dieu occulté par le réseau de prescriptions casuistiques auquel le soumettaient les rabbis. C’est face à la volonté nue, radicale et exigeante de Dieu, face à sa volonté originaire, que Jésus replace les croyants.

3) Un messager protégé de tous côtés (lecture de l’évangile de Luc)

– Jean prépare le terrain.

« Comme le peuple était dans l’attente, et que tous se demandaient en eux-mêmes si Jean n’était pas le Christ, il leur dit à tous : Moi, je vous baptise d’eau; mais il vient, celui qui est plus puissant que moi, et je ne suis pas digne de délier la courroie de ses souliers. »

« C’est ainsi que Jean annonçait la bonne nouvelle au peuple, en lui adressant encore beaucoup d’autres exhortations. »

– Soutenu par l’esprit saint.

« Jésus, revêtu de la puissance de l’Esprit, retourna en Galilée, et sa renommée se répandit dans tout le pays d’alentour. »

« Il enseignait dans les synagogues, et il était glorifié par tous. »

‘Et sa renommée se répandit dans tous les lieux d’alentour. »

« Il faut aussi que j’annonce aux autres villes la bonne nouvelle du royaume de Dieu; car c’est pour cela que j’ai été envoyé. »

« Et il prêchait dans les synagogues de la Galilée. »5.14.44

– La confirmation par les miracles.

« Le jour suivant, Jésus alla dans une ville appelée Naïn; ses disciples et une grande foule faisaient route avec lui. Lorsqu’il fut près de la porte de la ville, voici, on portait en terre un mort, fils unique de sa mère, qui était veuve; et il y avait avec elle beaucoup de gens de la ville. Le Seigneur, l’ayant vue, fut ému de compassion pour elle, et lui dit: Ne pleure pas! Il s’approcha, et toucha le cercueil. Ceux qui le portaient s’arrêtèrent. Il dit: Jeune homme, je te le dis, lève-toi! Et le mort s’assit, et se mit à parler. Jésus le rendit à sa mère.Tous furent saisis de crainte, et ils glorifiaient Dieu, disant : Un grand prophète a paru parmi nous, et Dieu a visité son peuple. »

« Jésus était dans une des villes; et voici, un homme couvert de lèpre, l’ayant vu, tomba sur sa face, et lui fit cette prière: Seigneur, si tu le veux, tu peux me rendre pur. Jésus étendit la main, le toucha, et dit: Je le veux, sois pur. Aussitôt la lèpre le quitta. Puis il lui ordonna de n’en parler à personne. Mais, dit-il, va te montrer au sacrificateur, et offre pour ta purification ce que Moïse a prescrit, afin que cela leur serve de témoignage. »

« Sa renommée se répandait de plus en plus, et les gens venaient en foule pour l’entendre et pour être guéris de leurs maladies. »

– Les scribes et les pharisiens réduits à l’impuissance.

« Les scribes et les pharisiens observaient Jésus, pour voir s’il ferait une guérison le jour du sabbat: c’était afin d’avoir sujet de l’accuser. Mais il connaissait leurs pensées, et il dit à l’homme qui avait la main sèche: Lève-toi, et tiens-toi là au milieu. Il se leva, et se tint debout. Et Jésus leur dit: Je vous demande s’il est permis, le jour du sabbat, de faire du bien ou de faire du mal, de sauver une personne ou de la tuer. Alors, promenant ses regards sur eux tous, il dit à l’homme : Étends ta main. Il le fit, et sa main fut guérie. Ils furent remplis de fureur, et ils se consultèrent pour savoir ce qu’ils feraient à Jésus. »

« Mais le chef de la synagogue, indigné de ce que Jésus avait opéré cette guérison un jour de sabbat, dit à la foule: Il y a six jours pour travailler; venez donc vous faire guérir ces jours-là, et non pas le jour du sabbat. Hypocrites! lui répondit le Seigneur, est-ce que chacun de vous, le jour du sabbat, ne détache pas de la crèche son bœuf ou son âne, pour le mener boire ? Et cette femme, qui est une fille d’Abraham, et que Satan tenait liée depuis dix-huit ans, ne fallait-il pas la délivrer de cette chaîne le jour du sabbat?

Tandis qu’il parlait ainsi, tous ses adversaires étaient confus, et la foule se réjouissait de toutes les choses glorieuses qu’il faisait. »

« Il enseignait tous les jours dans le temple. Et les principaux sacrificateurs, les scribes, et les principaux du peuple cherchaient à le faire périr ; mais ils ne savaient comment s’y prendre, car tout le peuple l’écoutait avec admiration. »

« Un de ces jours-là, comme Jésus enseignait le peuple dans le temple et qu’il annonçait la bonne nouvelle, les principaux sacrificateurs et les scribes, avec les anciens, survinrent, et lui dirent: Dis-nous, par quelle autorité fais-tu ces choses, ou qui est celui qui t’a donné cette autorité ? Il leur répondit : Je vous adresserai aussi une question. Dites-moi, le baptême de Jean venait-il du ciel, ou des hommes ? Mais ils raisonnèrent ainsi entre eux: Si nous répondons: Du ciel, il dira: Pourquoi n’avez-vous pas cru en lui ? Et si nous répondons: Des hommes, tout le peuple nous lapidera, car il est persuadé que Jean était un prophète. Alors ils répondirent qu’ils ne savaient d’où il venait. »

« Les principaux sacrificateurs et les scribes cherchèrent à mettre la main sur lui à l’heure même, mais ils craignirent le peuple. Ils avaient compris que c’était pour eux que Jésus avait dit cette parabole. »

« Ils se mirent à observer Jésus; et ils envoyèrent des gens qui feignaient d’être justes, pour lui tendre des pièges et saisir de lui quelque parole, afin de le livrer au magistrat et à l’autorité du gouverneur. »

– L’arrestation secrète

« Or, Satan entra dans Judas, surnommé Iscariot, qui était du nombre des douze. Et Judas alla s’entendre avec les principaux sacrificateurs et les chefs des gardes, sur la manière de le leur livrer. Ils furent dans la joie, et ils convinrent de lui donner de l’argent. Après s’être engagé, il cherchait une occasion favorable pour leur livrer Jésus à l’insu de la foule. »

– La foule manipulée.

« Pilate, ayant assemblé les principaux sacrificateurs, les magistrats, et le peuple, leur dit : Vous m’avez amené cet homme comme excitant le peuple à la révolte. Et voici, je l’ai interrogé devant vous, et je ne l’ai trouvé coupable d’aucune des choses dont vous l’accusez ; Hérode non plus, car il nous l’a renvoyé, et voici, cet homme n’a rien fait qui soit digne de mort. Je le relâcherai donc, après l’avoir fait battre de verges. A chaque fête, il était obligé de leur relâcher un prisonnier.

Ils s’écrièrent tous ensemble: Fais mourir celui-ci, et relâche-nous Barabbas.

Pilate leur dit pour la troisième fois: Quel mal a-t-il fait? Je n’ai rien trouvé en lui qui mérite la mort. Je le relâcherai donc, après l’avoir fait battre de verges.

Mais ils insistèrent à grands cris, demandant qu’il fût crucifié. Et leurs cris l’emportèrent. »

***

C’est clair : jusqu’à son arrestation, à aucun moment ni Jésus ni sa prédication, ni ses compagnons ne furent en danger : au contraire même, il bénéficia très vite – dès les annonces faites par Jean (Yahyâ) –  d’une immunité populaire de tous les instants, renforcée constamment au cours de sa mission par ses talents oratoires et les miracles qu’il lui fut donné d’accomplir.
On peut dire que, s’adressant à des monothéistes attendant le messie, il fut rapidement suffisamment reconnu en terrain connu pour que cette mission ne soit pas menacée d’anéantissement par un assassinat direct (sans alibi légaliste), assassinat qui au contraire aurait mis le feu aux poudres. Quand par contre il fut arrêté et « jugé », il pouvait savoir que son message était déjà suffisamment répandu pour être assuré de ne pas disparaître. 

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