« Dieu a mis entre les époux affection et bonté. Il y a en cela des preuves pour des gens qui réfléchissent. » Coran, 30/21

Je ne dois obéissance qu’à Dieu.

Du coup, dans mes rapports avec les humains, je me dois avant tout à la vérité, à l’honnêteté, à la justice, au bien, à la bonté : et donc je dois désobéir aux hommes s’ils y contreviennent.

C’est ainsi qu’Abraham désobéit à son père.

Le Coran souligne : « Si tes parents te contraignent à m’associer ce dont tu n’as nulle connaissance, alors ne leur obéis pas. Veille pourtant, à observer avec eux, ici-bas, des rapports convenables. » 31/15

C’est ce qui s’appelle le devoir de désobéissance. Je ne dois obéissance qu’à Dieu. Si j’obéis librement à un humain, c’est parce que je reconnais que l’ordre qu’il me donne fait partie de l’Ordre divin et qu’il me le donne sans prendre en cela nul pouvoir sur moi : de sorte qu’il ne me donne pas cet ordre : il me le transmet. S’il utilise cet ordre pour asseoir un pouvoir sur moi, avoir une emprise personnelle sur moi, il s’associe à Dieu, ni plus ni moins. C’est la principale cause du dérèglement des relations et des sociétés, une des plus grandes causes de souffrance au quotidien, que de chercher à soumettre autrui. Je ne dois obéissance qu’à Dieu. Il n’y a de soumission qu’à Dieu.

Entre le mari et l’épouse plus encore, seules l’affection et la bonté doivent… dominer.

L’homme est le frère de sa femme, non son maître !

La notion d’obéissance n’a ici ni lieu ni raison d’être ; il n’y a pas d’ordres à donner entre époux, mais des conseils fraternels à demander ou à proposer (et non à imposer), une concertation fraternelle à mener – et cela reste vrai même dans les moments de crise et de séparation comme le divorce, pour lesquels Dieu demande : « Concertez-vous de façon convenable » 65/6.
Car l’intelligence partagée est au-dessus de celle d’un seul ; la dignité de chacun est au-dessus des torts ou des raisons de l’un ou de l’autre ; la soumission n’est due qu’à Dieu.

Le Coran dit encore : «  Les hommes assument les femmes, à raison de ce dont Dieu a favorisé les uns par rapport aux autres, et de ce dont ils dépensent de leurs biens.

Les femmes vertueuses sont pieuses, protégeant dans le secret ce que Dieu protège. »

Ces derniers mots soulignent à quel point la vertu de l’épouse ne relève pas de l’obéissance au mari, mais bien à Dieu seul.

Pour le début du verset : « Les hommes assument les femmes » : « assumer », cela implique et signifie des devoirs – et non des droits -, en opposition à la traduction/interprétation souvent donnée qui transcrit que « les hommes ont autorité » sur les femmes.

Ça, c’est dans la relation pacifique, telle que Dieu l’attend.

Dans le cas contraire, Dieu dit aux hommes qui seraient victimes de maltraitances de la part de leurs épouses : « quant à celles dont vous craignez hostilité, exhortez-les, faites lit à part, éloignez-vous d’elles » – et non pas « frappez-les », là aussi en opposition à la traduction/interprétation habituelle.

« Si elles vous obéissent, alors ne cherchez pas de recours contre elles. Dieu est Très Haut, Grand », conclut ce passage du Coran (4/34).
On voit ici un cas limite d’obéissance au bon sens ; obéissance à ce que Dieu attend. La femme « hostile » se plie à la sagesse émanant d’un mari pardonneur ; celui qui ne cherchera pas de « recours » contre elle.

Et même, Dieu recommande au prophète (saws) lui-même de ne pas contraindre ses épouses si elles sont attirées par les séductions mondaines : « Ô Prophète ! Dis à tes épouses : Si vous désirez les plaisirs et le faste de ce monde, venez que je vous verse une indemnité honorable et que je vous libère dignement. » 33/28
Une autre traduction montre encore la grandeur d’âme attendue du meilleur et du plus exemplaire des époux en pareille situation : « Ô Prophète, dis à tes épouses : Si c’est la vie d’ici-bas que vous désirez et sa parure, alors venez que je vous accorde cette jouissance en nous séparant d’une belle séparation. »

Ni cris, ni violences, ni obéissance exigée ! Une libération en toute « dignité », une « belle » séparation » ! Telle est la Sunna d’Allah, que l’on retrouve dans la Sourate du divorce déjà citée, adressée à tous les croyants : « séparez-vous d’elles convenablement. » 65/2

Ajoutons pour finir que la femme a largement démontré à travers les siècles sa… supériorité dans la recherche de la paix ; sa… maîtrise de l’intelligence du cœur (la seule vraie), quand l’homme a lui montré son penchant pour le conflit, la froideur cérébrale.

Du coup, s’il s’agissait d’obéir, c’est l’homme qui gagnerait à le faire !

Il y a là une notion à creuser et enrichir en urgence dès maintenant, concernant le principe féminin de l’Islam, qui a malheureusement largement été évacué sous l’emprise des… mâles dominants.

En zoologie, le mâle dominant est l’individu d’un groupe d’animaux que les autres membres suivent, auxquels ils obéissent ou se soumettent. Cette dimension proprement animale de la constitution masculine a fait oublier à l’homme qu’il était appelé non à se comporter en animal justement, mais à rechercher l’excellence du comportement : « Ceux d’entre vous qui ont un degré de foi le plus complet ce sont ceux qui ont les meilleurs comportements et les meilleurs d’entre vous sont ceux qui ont le meilleur comportement envers leurs épouses. » Hadith apporté par At tirmidhiyy.

Voici  pour finir quelques aspects de ce principe féminin qui cousent l’étoffe précieuse de l’Enseignement coranique, celle précisément qui mène à l’excellence :

« Rendre le bien pour le mal », Coran 41.34

« Marcher humblement sur la terre »,  25.63

« Répondre avec douceur », 25.63.

Tenir envers les « insensés » (ou les incapables) «  un  langage empreint de bienveillance et de bonté », 4/5

Pratiquer la « bienveillance » envers tout le monde 2.83 et 3.159, même envers son ennemi, 5.13

Suivre enfin – c’est l’occasion de le rappeler en cette veille de l’Aïd – l’exemple d’Abraham – que la paix soit sur lui – lui qui était entièrement soumis à Dieu et à Dieu seul, lui qui « était doux, compatissant », 11.75

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