« Et leur parole : « Nous avons tué le Messie, Jésus fils de Marie, messager de Dieu ». Ils ne l’ont pas tué, ni crucifié, mais cela leur est apparu comme tel. Ceux qui ont divergé à ce sujet sont dans le doute à cause de cela. Ils n’ont aucune connaissance à ce sujet, et ne suivent que des conjectures. Ils ne l’ont certainement pas tué. » Coran 4:157

Parole étrange, « scandaleuse » diront certains, dérangeante certes.

Que nous dit-elle ? Que les juifs n’ont pas tué Jésus (ce qui implique aussi : n’ont pas réussi à le tuer).
« Ni crucifié » est mal traduit : le sens exact imposerait un redoublement: « pas, tué, ni tué sur la croix » : « Wa ma qatalouhou wa ma salabouhou lakina choubiha lahoum. » En langue arabe le mot « salabe » veut dire « mourir sur la croix ». Beaucoup pensent que « salaba » veut dire « mettre sur la croix » mais en arabe « mettre sur la croix » s’exprime par « 3uliqa ». C’est comme si on disait « Ghuriqa » (il s’est noyé) à quelqu’un qui en fait est seulement « Ghatassa » (il a plongé).

La traduction exacte serait donc : « Ils ne l’ont pas tué et il n’est pas mort sur la croix ». Les juifs n’ont réussi ni à assassiner Jésus, ni à le faire mourir « pendu à un morceau de bois », ce qui aurait confirmé pour eux la parole de la Torah : « celui qui est pendu est un objet de malédiction auprès de Dieu » (Deutéronome 21:23) en l’appliquant à Jésus.

«…Mais cela leur est apparu comme tel » : des traductions disent « une illusion », ou « un faux semblant », ce qui a induit l’idée d’un sosie qui aurait remplacé Jésus.

En fait le Coran ne fait que mentionner un constat : les spectateurs de cet affreux spectacle ont tenu Jésus pour mort.
C’est le cas de Pilate, qui d’ailleurs s’étonne :   « Pilate s’étonna qu’il fut déjà mort », évangile selon Marc 15/44. Cet étonnement d’un homme habitué à ces mises à mort abominables renforce l’idée que Jésus n’était peut-être pas mort, mais s’était évanoui de douleur.
Or, qui donc va être chargé du corps de Jésus ?

C’est Joseph d’Arimathie, qui demande à emporter le corps considéré comme mort. Et qui est Joseph d’Arimathie ? C’était tout simplement un membre du Sanhédrin, la plus haute juridiction juive de l’époque, le tribunal suprême, ce qui justifie l’autorisation que lui donna Pilate.

Mais… ce même Joseph était en réalité secrètement converti à l’enseignement de Jésus !

C’est donc un disciple de Jésus qui va emporter son corps inanimé et le dérober ainsi à tout autre mauvais traitement comme à toute inspection.

Du coup, on comprend que personne n’aura plus  ensuite « aucune connaissance à ce sujet », et que tous en seront réduits à ne suivre  « que des conjectures. »

Enfin,  notons que si Jésus a été crucifié le vendredi vers 15h, et s’il n’est plus dans le tombeau à l’aube du dimanche de Pâques, admettons à 7h du matin, cela fait 40 heures au maximum. Jésus serait revenu à la vie au bout de 40 heures et non après trois jours. Toutes les tentatives au cours des siècles qui ont suivi pour justifier ces fameux trois jours sont facilement réfutables, même d’un  point de vue chrétien.

Alors ? Alors ces quelques considérations jettent une lumière singulière sur ce verset du Coran assez souvent mal interprété, en lui apportant implicitement de sérieux éléments de confirmation. Jésus ne serait pas mort sur la croix.

Nous n’en savons pas plus.

Le Coran conclut à la suite :

« Mais Dieu l’a élevé vers Lui. Dieu est Honorable, Sage. Il n’y a personne, parmi les gens du Livre, qui n’ait été appelé à croire en lui avant sa mort. Au Jour de la Résurrection, il sera témoin contre eux. » 4/158-159

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