On le sait, il y a un consensus des savants traditionnels quant à l’interdiction pour une musulmane d’épouser un non-musulman. Cependant, aussi précieux soient les avis des savants, ils ne sont pas infaillibles, ce qui est évident en soi et attesté par les désaccords qui existent sur divers sujets. C’est pourquoi il est légitime d’une part de revenir à ce que dit le Texte coranique lui-même, d’autre part de s’intéresser aux travaux de savants et d’érudits actuels, qui revisitent eux-mêmes les études et recherches antérieures… et y remarquent parfois des failles, des ajouts ou des contradictions par rapport à l’Enseignement coranique.

Nous présentons ici à ce titre et en tant qu’effort de réflexion une synthèse de lecture du Coran sur le sujet des mariages mixtes. La personne qui voudrait référer cette synthèse au droit islamique (Fiqh) lira avec intérêt le lien donné en bas de page.

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Synthèse à l’écoute du Coran.

Le Coran n’interdit pas à une musulmane d’épouser un non-musulman. Au vrai, il n’édicte aucune règle à ce sujet.

Voici ce qui est enseigné :

« …Aujourd’hui il vous est autorisé de contracter mariage avec les Dames des Gens du Livre… en hommes vertueux et non en débauchés ou en preneurs d’amantes… », 5/5.

Comme on le voit, cette autorisation s’adresse aux hommes. Pourquoi ? Parce que les hommes étaient (sont…) enclins à chercher à satisfaire leurs désirs avant tout et sans limites, situation qui ne concernait évidemment pas du tout (et sans doute encore bien moins…) les femmes au même degré au temps du prophète (saws).
Le verset pose d’ailleurs en conclusion une condition sans appel : un tel mariage n’est permis que pour les hommes vertueux, qui ne cherchent pas une satisfaction sexuelle.
Cette autorisation a donc plutôt une valeur de restriction, comme c’était le cas pour la polygamie (1), qui n’était pas destinée comme certains voudraient le croire à satisfaire des besoins sexuels, mais à s’occuper d’enfants sans parents !

Revenons au Texte. Lorsque le Coran interdit quelque chose, c’est dit en toutes lettres. Or le verset 5/5 ne dit nullement que la femme musulmane n’a pas le droit d’épouser un juif ou un chrétien. L’autorisation donnée aux hommes ne vaut pas interdiction pour les femmes mais signifie que ce sont les hommes qui sont visés.

Par contre, lorsque le Coran pose une interdiction, que voyons-nous ?
Que celle-ci concerne et les hommes, et les femmes :

« Les croyantes ne sont pas permises aux incroyants et les incroyants ne sont pas permis aux croyantes. » 60/10.

Le Coran ne permet pas aux croyantes d’épouser un incroyant : un chrétien ou un juif seraient-ils des incroyants ? Ou Dieu aurait-il oublié quelque chose ? Sûrement pas !

L’égalité dans l’interdiction est parfaite entre les hommes et les femmes, et on la retrouve en 2/221 : « Ne prenez pas pour épouse une polythéiste à moins qu’elle ne devienne croyante…Ne prenez pas pour époux un polythéiste à moins qu’il ne devienne croyant. Cela, même s’ils vous enchantent… »

On peut noter ici deux points : d’abord que le Coran permet à la femme musulmane d’épouser un polythéiste s’il devient croyant.
« Croyant » et non pas musulman au sens spécifique du mot. Or il ne s’agit évidemment pas ici non plus d’un oubli de Dieu, mais bien d’une confirmation : il y a parmi les chrétiens et les juifs des croyants soumis à Dieu, avec qui une Parole commune peut être partagée (3/64), que ce soit au sein d’une société comme au sein d’un foyer : « que nous n’adorions que Dieu, sans rien Lui associer, et que nous ne nous  prenions point » les uns les autres – de même que l’un l’autre – comme maîtres en dehors de Dieu !

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En clair et en conclusion : ce qui nous apparaît essentiel dans l’union d’un croyant et d’une croyante, ce n’est pas son étiquette religieuse, mais c’est la piété partagée, le bon comportement réciproque, l’égalité fraternelle.

On notera  pour finir qu’aucun hadith authentifié n’a posé cette prétendue interdiction faite aux femmes d’épouser un croyant non musulman, interdiction dont la légitimité, pour être consensuelle et traditionnelle, n’en reste pas moins étrangère au Coran comme à la Sunna.

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