[Catégorie : Résumé de lecture]

Le Coran ne serait qu’un plagiat malhabile, une composition hétéroclite établie à partir d’une connaissance partielle des Écrits Juifs et Chrétiens. Muhammad n’aurait fait que dicter de vagues copies, de pâles souvenirs d’enseignements donnés par on ne sait trop quels rabbins ou moines rencontrés au gré de ses voyages commerciaux de jeunesse. Assemblage mal traduit mais assaisonné d’un monothéisme intransigeant, quasi simplisme, prouvant le peu de goût théologique du caravanier.

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L’homme n’a pas attendu les orientalistes et les pseudos spécialistes pour porter l’accusation, le Coran en témoigne : « Et, les dénégateurs disent : Ce n’est qu’un détournement mensonger de sa fabrication, et d’autres gens l’assistent en cela… » S25.V4.

Cependant, nous musulmans, ne cherchons nullement à nier la parenté entre le Coran et d’autres Ecrits Saints d’autres religions. L’ultime révélation ne s’inscrit pas hors de l’Histoire, mais en une parfaite continuité de l’histoire de la Révélation. Chaque révélation est une re-révélation.

Ainsi, le Coran se conçoit-il comme étant le prolongement et la conclusion des révélations antérieures, notamment la Torah et l’Evangile :

« Ô Gens du Livre, voici que vous parvient un Messager porteur de preuves et d’éclaircissements après qu’eut lieu une interruption des prophéties… » S5.V19.

En ce cas, les différences que l’on peut constater correspondent alors à des rectifications d’erreurs engendrées par la sécularisation des Écrits.

« …Voici que vous parvient de la part de Dieu une lumière et un Ecrit explicite par lequel Dieu guidera sur les chemins du Salut quiconque recherche la satisfaction divine… » S5.V15-16.

L’on notera ici le pluriel à « chemins », ou « voies », et le singulier à « Salut ».

Il n’est donc pas étonnant de trouver dans le Coran des passages par dizaines, si ce n’est par centaines, que la critique historique rattache aisément aux autres Textes : Thora, Évangiles, évangiles apocryphes, mais aussi Midrash, certaines gnoses, etc. chacun d’entre eux ayant conservé dans une certaine mesure trace des révélations qui constituèrent directement ou indirectement leurs textes originaux.

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Sous l’angle occidental, extérieur au phénomène mais totalement centré sur lui-même, il ne peut s’agir que d’emprunts hétérogènes. Mais, et le problème se pose ainsi, le Coran, tout en ayant une parenté évidente avec les anciennes « révélations », s’écarte aussi très nettement des textes supposés être sa référence. Il n’y a pour ainsi dire aucun de ces passages qui ne soit en fait identique à ce à quoi il semble avoir puisé.

Autre particularité, la totalité des ces informations est pleinement refondue en un seul et unique [principe] : l’unicité transcendante et absolue de Dieu.

De là surgit le paradoxe, et même la contradiction, si l’on suppose que Muhammad aurait été l’auteur du Coran :

D’une part il n’est pas du tout prouvé que le prophète fut lettré, voire alphabétisé, et, bien au contraire, les arguments en faveur de son illettrisme sont forts, c’était de fait le cas de l’Arabie d’alors.

Rappelons toutefois qu’il fallut pour ainsi dire inventer l’écriture pour transcrire le Coran à cette époque et que cet effort perdura sur près de deux siècles pour aboutir à une écriture correcte et complète.

De plus, ces Écrits antérieurs au Coran, si l’on suppose qu’ils étaient disponibles à cette époque – ce qui est improbable pour le territoire de l’Arabie mais possible dans les environs – étaient en diverses langues : araméen, hébreu, grec, syriaque, pehlvi, etc. Il aurait donc fallu que Muhammad sache lire en ces divers idiomes, et eut pris connaissance de l’ensemble de ces textes répartis sur un territoire grand comme l’Europe.

Il aurait fallu aussi qu’il fût un écrivain génial, car le Coran est le premier livre qui ait jamais été conçu en langue arabe.

Tant de génie pour ce que la critique externe considère comme un faussaire pose problème car, possédant toutes ses qualités, il aurait donc été paradoxalement un bien piètre compilateur, ses détracteurs lui reprochant erreurs, emprunts, mélanges et approximations !

Et, à bien considérer, il s’agirait en fait d’un travail d’érudit que d’avoir étudié autant de textes et de les avoir méthodiquement critiqué ou annoté. On peut légitimement se demander comment un seul homme aurait pu réaliser un tel travail au vu du milieu où il évoluait.

Si la plus simple des études critiques concernant les récits du moine Bahîra et de Waraqa ibn Nawfel démontre aisément leur improbable existence, l’orientaliste, depuis le XIXème siècle, se trouve dans l’obligation de les valider pour tenter d’expliquer comment Muhammad aurait pu accomplir un tel prodige. Mais quoiqu’il en soit de leur réalité, de telles épisodiques rencontres n’auraient pas été à même de faire d’un modeste chamelier un docte moine doublé d’un exégète rabbin !

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Face à cet irrésoluble énigme, on propose depuis quelque temps une autre hypothèse : il n’y aurait pas un auteur, mais des auteurs. Le Coran aurait été alors écrit sur un, deux, ou trois siècles, par divers scribes à la solde des puissances califales. Ces scribes issus des territoires conquis par les Arabes étaient de langues, de religions et de cultures diverses et chacun aurait posé sa pierre à l’édifice du Coran ; s’expliquerait ainsi l’hétérogénéité supposée du Coran.

Dans cette perspective, l’on en vint à affirmer que le Coran n’était pas à l’origine en langue arabe. Il aurait été tout d’abord écrit par ces scribes étrangers en syriaque, araméen, voire hébreu, puis, par la suite, mal arabisé. De là, les différences d’avec les Écritures Sacrées de référence qui ne seraient en fait que des erreurs de traduction ou de compréhension.

Mais encore, il faudrait nous expliquer quelle force aurait refondu le tout selon un seul mouvement de pensée homogène.

Qui ? Où ? Quand ? Combien ? On l’aura compris, par l’absurde de cette projection logique prétendant éloigner le Coran de son origine divine, en réalité, on l’y ramène.

Mais encore, Il faudrait expliquer les sources authentiques transmises par les musulmans qui, pour être peu nombreuses et parcellaires, montrent sans ambiguïté que Muhammad pendant près de 23 ans sous les yeux de milliers de compatriotes, sans quitter l’Arabie, sans posséder le moindre livre, dicta oralement par centaines de fragments le texte du Coran ?

Dans ces conditions, les hypothèses de l’hyper critique portée par l’air du temps n’ont aucun fondement historique probant, bien moins en tout cas que celles fournies par les musulmans.

Dire le Coran révélé est du domaine de la croyance, et toute l’admiration que nous lui portons, toute la lumière qu’il nous dispense, ne constitueront jamais preuve de sa nature révélée.

Le Coran étant une réalité tangible, dénier ou renier son origine met le contradicteur dans l’obligation rationnelle d’apporter des preuves concrètes et probantes de ce qu’il affirme. Tel est peut être le véritable défi coranique.

Le croyant, par contre, n’a rien à démontrer en la matière, il le croit tel, et telle est sa foi. De plus, il n’a pas à craindre pour ses certitudes ni à fuir le débat que l’adversité lui impose. La raison en Islam ne s’oppose pas à la foi, tout comme la foi ne s’oppose à la raison.

Le Coran est notre Livre, et nous pouvons répondre qu’il n’est point nécessaire que d’autres le croient. Ce qui importe au juste, est que le Texte est là, transmis depuis XIV siècles et qu’il demeure la référence absolue des musulmans. Vouloir troubler ces origines n’a aucun sens intellectuel ; si l’on veut comprendre l’Islam l’on ne peut que chercher à comprendre son Texte.

Le Coran est notre Livre, notre cœur et notre âme.

Et ainsi, être au présent vivant, musulman, hommes et femmes de foi, d’intelligence, de respect, en un seul mot : dignes.

Dignes de notre religion, de notre Livre, de notre rôle. Dignes de l’autre, dignes de l’humanité. Dignes de Dieu, dignes de la fraternité des croyants et de la Communauté du Livre. Dignes de la différence et dignes de l’égalité.

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Résumé réalisé à partir du texte de : Abou Nahla Al Ajami

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