Position du problème : deux sens possibles et… contraires !

2.106.  Chaque fois que Nous abrogeons un verset ou que Nous le faisons oublier, Nous en apportons un meilleur ou un semblable…

OU BIEN :

2.106. Quel que soit le signe que Nous enregistrons ou que Nous fassions oublier, Nous
en apportons un meilleur ou un semblable.

?

Etude synthétique.
Des interprètes affirment que ce verset confirme que certains versets en invalident d’autres. Ils interprètent le mot « ayah » comme signifiant « un verset dans le Coran » ; et ils interprètent le mot « nansakh » comme signifiant « abroger ».

Mais est-ce que ce mot, tel qu’il est utilisé dans le Coran, signifie réellement abroger ?

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Le mot « ayah »
Le mot « Ayah », tel qu’utilisé dans de nombreux versets du Coran, peut revêtir quatre significations différentes :

a) Il peut signifier un miracle de Dieu comme en 17:101 :

Et certes, Nous donnâmes à Moïse neuf Ayahs (miracles) évidents. 
Coran, 17:101

b) Il peut aussi avoir le sens d’un exemple pour les gens :

Et le peuple de Noé, quand ils eurent démenti les messagers, Nous les noyâmes et en fîmes pour les gens un exemple (Ayah).
Coran, 25:37

c) Le mot « Ayah » peut aussi vouloir dire signe :

Ô mon Seigneur, dit (Zacharie), accorde-moi un signe (Ayah). Ton signe (Ayah), dit (Allah,) sera que tu ne pourras pas parler aux gens pendant trois nuits tout en étant bien portant.
Coran, 19:10

d) Et enfin, il peut désigner un verset du Coran :

(Voici) un Livre béni que Nous avons fait descendre vers toi, afin qu’ils méditent sur ses versets (Ayat) et que les doués d’intelligence réfléchissent !
Coran, 38:29

Si nous considérons maintenant le verset 106 de la sourate 2, on peut vérifier que le mot « Ayah » ne peut pas y désigner un verset du Coran. Il peut correspondre aux autres significations (miracle, exemple ou signe), mais pas à un verset coranique.

Voici pourquoi :

1) Les mots « que Nous le fassions oublier » ne peut pas s’appliquer à un verset du Coran. Comment est-ce qu’un verset du Coran pourrait être oublié ? Car même si le verset est invalidé par d’autres (comme affirmé faussement par les interprètes), il fera toujours partie du Coran et ne pourra donc pas être oublié.

2) Les mots « Nous en apportons un semblable » seraient dénués de sens si le mot « Ayah » désignait un verset coranique, tout simplement parce qu’il serait absurde que Dieu invalide un verset pour le remplacer avec un autre identique !

3) Si le mot « Ayah » du verset 106 signifie un miracle, un exemple ou un signe, alors tous les mots du verset ont un sens parfait. Les mots « que Nous le fassions oublier » peut s’appliquer aux trois significations, et c’est ce qui se passe avec l’écoulement du temps. Les miracles de Moïse et de Jésus ont été oublié. Nous n’y croyons que parce qu’ils sont mentionnés dans le Coran.

De la même manière, les mots « Nous en apportons un meilleur, ou un semblable » s’accordent avec les miracles de Dieu. Dieu remplace un miracle avec son semblable ou un qui est plus grand. Considérons le verset suivant :


Nous avons effectivement envoyé Moïse avec Nos miracles (Ayah), à Pharaon et à ses notables. Il dit: «Je suis le Messager du Seigneur de l’univers».
Puis, lorsqu’il vint à eux avec Nos miracles (Ayah), voilà qu’ils en rirent.
Chaque miracle (Ayah) que Nous leur montrions était plus probant que son précédent. Et Nous les saisîmes par le châtiment, peut-être reviendront-ils (vers Nous).
Coran, 43:46-48

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Le mot « nansakh »
Le mot « nansakh » utilisé en 2:106 vient du verbe « nasakha ». Il est dit que ce mot signifie abroger. Mais une étude attentive de tous les versets coraniques utilisant ce mot montre qu’il a en fait un sens contraire ! Il signifie « enregistrer » ou « transcrire » = mettre par écrit. Lorsque Dieu veut dire « substituer », le mot utilisé est « baddala », comme en 16:101.

Second verset, 16:101
Quand Nous remplaçons (« baddalna ») une « Ayat » par une autre – et Dieu sait mieux ce qu’Il fait descendre – ils disent: «Tu as inventé cela». Mais la plupart d’entre eux ne savent pas.

Le remplacement dont il est question ici peut concerner deux choses :

a) le remplacement d’une Ecriture par une autre.

Cette première signification peut être validée par le verset suivant :

Et sur toi Nous avons fait descendre le Livre avec la vérité, pour confirmer les Livres qui étaient là avant lui et pour prévaloir sur eux.
Coran, 5:48

Ici, les mots « prévaloir sur eux » confirment que les Ecritures précédentes sont éclairées et subsumées par le Coran.

b) Le remplacement d’une loi au sein d’une Ecriture avec une autre dans une Ecriture ultérieure.

Cette seconde signification est également prouvée par le Coran, où différentes choses interdites précédemment pour les gens du Livre ont été rendues licites dans le Coran.

Comme exemple, on nous apprend en 2:187 que les relations sexuelles entre couples mariés au cours des nuits du mois du jeûne ont été autorisées, alors qu’elles étaient auparavant interdites.

On nous apprend également en 6:146 que Dieu avait interdit aux Juifs tous les animaux à ongle unique ; et que la graisse des bovins et ovins était interdite. Cela a été rendu licite dans le Coran.

Le verset 16:101 ne parle pas de la substitution d’un verset avec un autre.

La preuve de cela réside dans le même verset, dans les mots « ils disent: Tu as inventé cela ».

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Arrêtons-nous ici un instant.
Qui aurait pu dire au messager : « tu as inventé cela » ? Et pourquoi ? Ce ne sont sûrement pas ses compagnons qui auraient pu dire une chose pareille ; cela doit donc être ceux qui ne croyaient pas en lui, ceux qui suivaient les Écritures précédentes et qui craignaient que leurs Écritures ne soit « remplacées » par le Coran. De fait, jusqu’à aujourd’hui, des juifs et des chrétiens accusent Muhammad (saws) d’avoir inventé lui-même le Coran !

Une fois établi que ce verset parle de la réaction et des paroles des incrédules, alors la prochaine question est : accusent-ils Muhammad (saws) de remplacer un verset du Coran par un autre ? Les juifs et les chrétiens n’ont que faire du remplacement d’un verset par un autre ; ils ne croient pas au livre entier !

Par contre, s’ils craignent que leurs Écritures soient remplacés par le Coran, ils accuseront aussitôt le messager de transmettre une Ecriture (le Coran) qui ne vient pas de Dieu.

Les paroles « tu as inventé cela » sont donc un indicateur montrant que le remplacement dont il est question ici n’est pas lié à un verset, mais à une Ecriture par une autre.

.

Conclusion.

Il semblerait donc bien que des interprétations partiales de 2:106 et 16:101, et l’affirmation douteuse que certains versets coraniques en annuleraient d’autres, montrent que certains interprètes ont ignoré deux caractéristiques fondamentales du Coran : le Coran est parfait et ne contient aucune contradiction (11:1) ;  les paroles de Dieu ne changent pas (10:64).

Et Dieu Sait mieux.

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Pour aller plus loin : 

Un très bon exposé des arguments des deux camps, avec une conclusion… réservée.

Une réfutation extrêmement poussée du concept d’abrogation.

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