Nous proposons ici une mise en perspective sur la question de l’évolution au sein de la création. Nous pourrions aussi bien dire : la question de la création au sein de l’évolution… ce qui laisse augurer de la réponse que nous proposerons en fin de parcours.

Nous commencerons d’abord par une présentation schématique du sujet à travers l’Histoire puis selon les Indications coraniques, avant, pour finir, de soumettre au lecteur une réflexion dialectique qui espère dépasser l’opposition stérile entre « créationnisme » et « évolutionnisme ».

  • Histoire d’une idée.

L’idée selon laquelle l’espèce humaine résulte d’une très longue évolution est une idée qui ne date pas d’hier. Effectivement, les premiers à avoir parler d’évolution des espèces dans l’histoire des sciences ne sont pas les occidentaux, et surtout pas Darwin. Mais bien des savants issus du monde musulman médiéval. Bien des temps après les grecs qui, eux aussi avaient leur mot à dire sur le sujet.

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« Aristote et l’origine des sciences naturelles » :

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Auteur de la description de plus de 400 espèces animales, Aristote est le premier à comparer les différentes parties des organismes et à établir une classification des espèces.

A partir de ses travaux sur les êtres vivants, il déduit que la nature est organisée selon un dessein. Il pense que les formes vivantes se posent et se juxtaposent selon une échelle qui s’élève jusqu’à l’Homme ; C’est l’échelle de la nature (scala naturae). La finalité qui explique cette hiérarchie est la tendance au perfectionnement. Pour lui, l’idée précède la chose. Si l’Homme a des mains, c’est parce qu’il est intelligent. Mais jamais Aristote n’envisage la transformation d’une espèce en une autre. Au moyen âge, toutes ces idées d’évolution émergeront de cette Scala Naturae d’Aristote. Et même avant Aristote on retrouvait déjà les traces d’une certaine pensée de l’échelle des êtres qui apparaissait sur le Grand Vase de Warka (3200 à 3000 av JC) avec les espèces végétales tout en bas du vase, l’espèce animale au milieu, et l’Homme tout en haut de l’échelle.

Après la chute de l’Empire romain, les idées évolutionnistes continuèrent à être étudiées par les savants musulmans durant l’âge d’or de la civilisation musulmane.

Le premier à avoir exposé cette idée est le zoologiste Al-Jahidh (776-868) dans son livre « Des animaux » (Kitab Al-Hayawan) dressant une anthologie animalière ; la lutte pour l’existence, donc l’adaptation, la transformation d’espèces vivantes, la psychologie de l’animal et l’influence de l’environnement. Et ce, mille ans avant Darwin !

Au Xe siècle, les Frères de la pureté (Ikhwan al-Safa) décrivent la création des mondes et l’évolution par strates de la vie avec des détails qui auraient impressionné Darwin. On y trouve l’idée d’évolution à partir de la matière, laquelle se transforme en vapeur, puis en eau, en minéraux, en plantes, en animaux, en singes et enfin en hommes. Ainsi les groupes d’êtres parcourent dans l’engendrement de leurs formes définitives une évolution qui va du simple au complexe, passant par les quatre éléments (feu, terre, air, eau), les quatre natures (chaud, froid, sec, humide) et leurs combinaisons poursuivent encore la différenciation en règnes minéral, végétal et animal et précisent indéfiniment la spéciation du vivant.

Beaucoup plus tard, c’est le savant tunisien Ibn Khaldoun, vers la fin du moyen âge, qui a repris l’idée d’évolution, comme le témoignent ses discours sur le sujet :

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« Que l’on contemple l’univers de la Création ! Il part du règne minéral et monte progressivement, de manière admirable, au règne végétal, puis animal. Le dernier « plan » (ufuq) minéral est relié au premier plan végétal : herbes et plantes sans semence. Le dernier plan végétal – palmiers et vignes – est relié au premier plan animal, celui des limaces et des coquillages, qui n’ont d’autre sens que le toucher. Le mot « relation » (ittissâl) signifie que le dernier plan de chaque règne est prêt à devenir le premier du règne suivant. Le règne animal (’âlam al hayawân) se développe alors, ses espèces augmentent et, dans le progrès graduel de la Création (tadarruj at-takwin), il se termine par l’homme doué de pensée et de réflexion. Le plan humain est atteint à partir du monde des singes (qirada), où se rencontrent sagacité (kays) et perception (idrak), mais qui n’est pas encore arrivé au stade de la réflexion (rawiya) et de la pensée. A ce point de vue, le premier niveau humain vient après le monde des singes : notre observation s’arrête là. »

Ibn Khaldoun, Discours sur l’histoire universelle.

« Cette possibilité d’évolution (isti’dâd) réciproque, à chaque « niveau » (ufq) de la Création, constitue ce qu’on appelle le « continuum » (ittissal) des êtres vivants. »

Idem.

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Le  monde moderne.

Lamarck, disciple de George-Louis Buffon, reprend le principe de dégradation des espèces développé par son maître, mais l’inverse. Pour Buffon, les espèces anciennes, les plus nobles, s’altèrent et se dégradent au fil du temps. Pour Lamarck, au contraire, le temps et les circonstances favorisent l’émergence de formes beaucoup plus complexes.

Editorial_cartoon_depicting_Charles_Darwin_as_an_ape_(1871) Darwin, dessin satirique.

Beaucoup plus tard, embarqué à 22 ans sur le Beagle, en 1831, pour une longue expédition qui l’emmène en Amérique du sud, en Australie et aux Galápagos, le jeune naturaliste Charles Darwin, diplômé de Cambridge, se révèle être un excellent observateur. En effet, il collecte plusieurs échantillons de faune et de flore qu’il préserve, observe, analyse, décrit.. C’est ainsi qu’il découvre que certains fossiles ressemblent à des espèces actuelles. Mais ses observations les plus pertinentes concernent les différences entre les variations de populations d’animaux d’une région à l’autre, comme c’est le cas pour les autruches.

Ce n’est que bien plus tard que l’ornithologue et le naturaliste John Gould montre que ces variétés sont autant d’espèces. Et donc, à partir d’une population fondatrice, plusieurs espèces ont divergé, et se sont adaptés aux conditions environnementales. Donc les espèces se transforment.

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Que dit le Coran ?

« Ton Seigneur est le Suffisant à Soi-même, le Détenteur de la miséricorde. S’Il voulait, Il vous ferait périr et mettrait à votre place qui Il veut, de même qu’Il vous a créés d’une descendance d’un autre peuple. »

Coran 6 :133

Les communautés des espèces se sont succédé, remplacées ; parfois elles sont similaires, et parfois elles sont différentes.

«  C’est Nous qui les avons créés et avons fortifié leur constitution. Quand Nous voulons, cependant, Nous les remplaçons [facilement] par leurs semblables. »

Coran 76 :28

« Ne voient-ils pas comment Allah commence la création puis la refait? Cela est facile pour Allah. Dis : Parcourez la terre et voyez comment Il a commencé la création. Puis comment Allah crée la génération ultime. Car Allah est Omnipotent » Coran 29 :19/20

L’espèce humaine a même connu une évolution en elle-même :

« Ne s’est-il pas écoulé un laps de temps durant lequel l’espèce humaine n’était même pas digne d’être mentionnée? »

Coran, 76.1.

La création d’Adam et de Jésus (as) :

« Pour Allah, Jésus est comme Adam qu’Il créa de poussière, puis Il lui dit « Sois » : et il devint (Fa Yakoun). » (Coran 3:59)

Kun (كن) = Deviens, Sois.

Fa Yakoun (يكون) : passé simple à valeur de futur accompli. Devenir, mais cette fois-ci du présent vers le futur.
Pourquoi ?

Le Coran ne dit pas : « Sois : et il l’est. » (devenu, kana كان, d’un coup).

Mais non, Adam  « devient » : étape par étape ; il est en train de devenir ! Tout comme Jésus (as) qui est resté 9 mois dans le ventre de sa mère avant d’atteindre sa dernière forme.

Le Coran comme toujours plante un décor, trace les grandes lignes, bref incite à réfléchir.

C’est ce que nous allons tenter de faire à présent en deux temps.

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  • Réflexions dialectiques.

  1. Petites réflexions sur l’apparition de l’homme
    Créationnisme et évolutionnisme nous semblent deux points de vue amputés l’un de l’autre.
    L’évolution a été Lancée par Dieu et procède donc de Sa Puissance Créatrice dans toutes ses étapes.
    La création de l’homme ne vient pas comme un cheveu sur la soupe de l’évolution, mais comme son parachèvement sublime et miraculeux.
    Rien
    dans l’évolution animale ne laisse augurer l’apparition de la conscience de soi, et rien n’en apporte la moindre explication.

Cependant, cette conscience de soi, cette libération de l’esprit par rapport à l’instinct ne vient qu’à un certain degré de complexité atteint dans le règne animal ; une maturation organique – Prévue de toute éternité – qui rend possible à une créature de recevoir « un peu de Notre Esprit », dit le Coran.
Dès lors cette créature, tout en conservant l’acquis qu’elle partage avec les autres espèces – constitution physique et instinctive -, la transcende en acquérant une dimension créatrice incomparable.
La créature-créatrice apparaît !
Ni animal, ni divine, mais capable de choisir elle-même sa nature en unissant ou non en elle librement ces dimensions.

Note.

Pour préciser : l’homme ne descend pas du singe – point de vue évolutionniste qui n’explique tout simplement pas la part humaine de l’homme -, l’homme n’est pas le produit de l’évolution – évolution qui n’engendre rien qui laisse présager le miracle humain -, mais l’homme bénéficie d’une configuration organique – cordes vocales, mains et pieds – contrairement par exemple au singe qui a quatre mains et ne peut donc ni marcher ni se redresser, volume cérébral, etc. – configuration qu’il hérite de toute l’évolution à son sommet et qui lui permet de recevoir et d’utiliser – au moment Voulu par Dieu – les Dons divins miraculeux de créativité, de liberté, d’amour et de parole.

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2) L’homme ne descend de rien, il monte
« Parcourez la terre et voyez comment Allah a Commencé la Création.
Puis comment Allah Crée la génération ultime.
Car Allah est Omnipotent. »

Coran, 29/20

Dieu est Le Créateur absolu et unique de l’univers.
L’univers évolue.
Dieu est le Créateur de l’évolution.
A partir de là, opposer évolution et création n’a pas de sens.
Nous voyons bien que notre constitution physique et physiologique s’apparente à celle d’autres espèces ; autrement dit qu’une con-formité (convergence dans la formation) existe.
On peut en déduire que, sur le plan matériel, Dieu Créé l’homme en utilisant l’évolution – qui est Sa Création.
Mais nous voyons tout aussi bien que notre constitution spirituelle n’a de point d’appui dans aucune espèce animale ; autrement dit rien, dans l’évolution de l’univers, ne tend à produire quelque chose comme, par exemple, la conscience de soi ou encore la créativité.
On peut en déduire que, sur le plan spirituel, Dieu Insuffle purement et simplement en l’homme une part de Lui-même.
Bref, le « chaînon manquant », c’est Dieu.

« Chaque Jour, Allah Accomplit une œuvre nouvelle. »
Coran, 55/29

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