Dieu ne peut pas S’incarner.

Cette négation : « ne peut pas », semble immédiatement contredite par cette autre affirmation : tout est possible à Dieu.

Or ce tout est possible s’entend bien comme potentialité absolue, mais non cependant comme nécessité d’actualisation : Dieu peut par exemple ne plus Être –  mais Il Est.

On ne peut donc déduire de la toute Puissance ce qui la contredirait.

De même, Dieu est Sagesse, Présence, etc. Aucun de ces Attributs n’existe cependant en contradiction des autres, parce que Dieu est Unité.

Ainsi donc, que Dieu Puisse tout n’est pas en tant que tel un argument recevable en faveur de l’incarnation. Dieu ne fait pas n’importe quoi, pour le dire simplement.

Il s’agit donc bien plutôt de voir si l’incarnation ne contredit pas la Nature de Dieu : autrement dit si Dieu, en s’incarnant, continuerait d’être Dieu.

Or l’incarnation est – par définition – une réduction.

Considérons l’Omniprésence. Elle signifie que Dieu est sans cesse Présent partout et en tous temps dans toute Sa Perfection. 

Il ne peut donc pas – relativement à cet Attribut – être Présent localement de façon moindre ; or c’est précisément ce qu’implique l’incarnation : en elle, Dieu se trouve limité, et non seulement localement limité, mais limité dans Sa toute Puissance.
La toute Puissance est elle-même incompatible avec la chair : elle n’est ni supportable ni assimilable par la chair.

De plus, la chair est dans le besoin, Dieu est sans besoin.

Dire que Dieu se fait chair équivaut donc – exactement – à dire que Dieu cesserait d’être Dieu. Ou encore : dès qu’il y a incarnation, ce n’est plus Dieu Qui S’incarne. Il n’y a donc pas incarnation.

De ceci il résulte que l’incarnation est stricto sensu une aberration (au sens étymologique : une déviation, une anomalie).

Même comme métaphore, elle est inadéquate, du fait que Dieu est toujours Présent : Il n’a nul besoin de Se rapprocher de l’homme, Il est toujours déjà infiniment Proche de lui. Il n’a pas besoin de venir habiter sur terre ou dans une chair, parce qu’Il est toujours déjà dans la profondeur originelle de toute Création.

Autrement dit, tout nous est déjà Donné en puissance : il n’y a pas d’autre don qui compléterait le Don déjà fait, mais c’est l’homme par contre qui doit réaliser – l’homme dans sa totalité spirituelle et physique – réaliser ce que Dieu lui a Donné, ce qui revient à s’élever jusqu’à Dieu, autant qu’il est humainement possible, et c’est sans doute ce qu’accomplit Jésus.

Autrement dit encore, non seulement l’incarnation est impossible, en tant qu’elle serait proprement l’aliénation de Dieu (étrangeté à soi-même), mais elle inverse la relation de l’homme à Dieu.

C’est en quelque sorte Dieu qui ferait le travail de l’homme – à la place de l’homme. Dieu s’abaisserait en lieu et place de l’élévation de l’homme. C’est sur cette commodité de croyance que s’établira le christianisme et sur quoi s’assiéra le pouvoir de l’église : il s’agira non de voir en Jésus un exemple en chair et en os, mais de faire de Jésus une idole en chair et en or.

On peut juste noter ici que tout ce qui s’est fait de bien dans le christianisme a dû – de facto – ne pas tenir compte de cette inversion du réel – pour accomplir ce dont l’accomplissement de Jésus a ouvert le chemin : « On atteint plus vite le ciel en partant d’une chaumière que d’un palais. » disait François d’Assise, qui précisait encore : « Commence par faire le nécessaire, puis fais ce qu’il est possible de faire et tu réaliseras l’impossible sans t’en apercevoir. »

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.Résumons. L’incarnation contredit la Nature de Dieu. L’incarnation réduit littéralement Dieu. L’incarnation ne rend pas l’Omniprésent plus Présent. La chair ne peut supporter la Puissance de Dieu. Ce n’est pas Dieu qui s’incarne en Jésus, mais Jésus qui s’élève vers Dieu.

Concluons. Le Verbe n’a pas pris chair, n’est pas venu habiter sur terre ; mais Jésus, un homme en chair et en os, a habité sur terre dans la proximité de Dieu.

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