La notion de crainte de Dieu – qui était présente dans la Torah et que Jésus évoque aussi dans l’évangile -, a par contre à peu près complètement disparu dans le christianisme, qui s’établira en revanche au fil des siècles sur une notion de pardon acquis d’avance ; où les bonnes actions sont certes appréciées, mais ne font pour ainsi dire que décorer un salut conditionné avant tout (quand ce n’est pas exclusivement) par la croyance dans le « sacrifice rédempteur » de Jésus (voir la note (1) en bas d’article).

Le Coran va venir rétablir et éclaircir l’articulation entre crainte, espoir, bonnes actions et Grâce de Dieu dans l’économie (le plan, l’architecture, les moyens)  du salut.
Nous nous intéresserons et nous limiterons ici à exposer cette articulation selon l’enseignement coranique
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D’abord la « crainte révérencielle » de Dieu. Elle dissuade de pécher et cultive la vigilance envers nos actes :

« Quelque bien que vous fassiez, Dieu en a toujours connaissance. Prenez des provisions de route, mais votre meilleur viatique sera la crainte révérencielle du Seigneur. Craignez-Moi, hommes doués d’intelligence ! »Al-Baqara 2.197.

Elle nous incite – cependant – et également – à ne pas nous prévaloir de nos actes : « Au contraire, ceux que la crainte de leur Seigneur incite à l’humilité [sont sur la voie de droiture]. »Al-Muminun 23.57.

Ainsi les croyants sont-ils incités à s’écarter du péché, à combattre leur ego, à faire le bien : « Ô vous qui croyez ! Inclinez-vous ! Prosternez-vous ! Adorez votre Seigneur et faites le bien, dans l’espoir d’assurer votre salut ! »Al-Hajj 22.77.

humilité

Ils peuvent alors espérer la Grâce de Dieu : « craignez Dieu, dans l’espoir d’être touchés par Sa Grâce. »Al-An’am 6.155.

On le voit, la crainte est au fondement de la foi bienfaisante, autrement dit de la voie, mais elle est relayée (et non reléguée !) par l’espoir – pas la garantie, mais l’espoir de la Grâce.

Car Celle-ci n’est pas « gratuite » : elle prend naissance, elle jaillit pour ainsi dire à la confluence de la piété active et de l’amour miséricordieux du Seigneur : « J’augmenterai Ma Grâce, si vous êtes reconnaissants. »Ibrahim 14.7. « Or, sans la Grâce de Dieu envers vous et Sa miséricorde, nul d’entre vous n’atteindrait jamais l’état de pureté. »An-Nur  24.21.

Ainsi donc, nous apprenons que la Grâce de Dieu augmente pour ainsi dire naturellement avec la piété, piété qui se doit donc à elle-même d’être active ; recherche de l’excellence du comportement.
Alors le croyant – bienfaisant mais resté vigilant – peut légitimement  espérer « que Dieu pardonne [ses] fautes, passées et présentes, parachève sur [lui] Sa Grâce et [le] dirige dans la voie droite. »Al-Fat-h 48.2.
Si Dieu parachève Sa Grâce, c’est qu’elle est constante en vérité, en soutien de l’existence et de la création, car la création elle-même est un effet de Sa Grâce infinie : « Ne vois-tu pas comment le vaisseau vogue sur la mer, par la Grâce du Seigneur qui tient à vous montrer ainsi certains de Ses signes ? Et il y a bien en cela des signes pour qui sait se montrer patient et reconnaissant. »Luqman 31.31 (nombreuses autres références).

Le croyant reconnaissant la découvre à l’origine même de sa conversion : « Ils te rappellent leur conversion à l’islam comme si c’était un service qu’ils t’auraient rendu. Dis-leur : «Ne vous targuez pas ainsi de votre conversion. Ce serait plutôt à Dieu de vous rappeler la Grâce qu’Il vous a faite en vous guidant vers la foi, si toutefois vous êtes sincères.»Al-Hujurat 49.17.

al hamdoulillah

Ainsi la Grâce est-elle cette Puissante douceur (pour utiliser un oxymore) qui préside à la « chance » d’exister, au bonheur de trouver Dieu, à l’effort de s’élever vers Lui, au couronnement enfin d’une existence qui vise la perfection dans l’agrément de Dieu : « ceux qui auront cru et auront fait le bien, Dieu leur accordera une large récompense, en y ajoutant un surcroît de Sa Grâce. »An-Nisaa 4.173.

Le croyant  qui ne s’est jamais départi de la crainte de Dieu, mais qui marche avec espoir vers Lui, Le reconnaissant et Lui étant reconnaissant à chaque étape, à chaque instant, en vient alors à désirer par-dessus tout placer toute sa vie sous le régime de cette Grâce infinie.
Et c’est pourquoi le Coran nous exhorte ainsi chacune  et chacun : « Aspire à Sa Grâce – avec ferveur ! »Al-Sharh 94.8.

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(1) Paradoxalement, le Dieu « qui s’est fait homme » pour partager leur condition (comme si Dieu ne la connaissait pas parfaitement !) dévalorise radicalement (à la racine même) la portée téléologique (finale) et la signification active de leurs actions. L’homme pieux ne saurait mériter ou gagner son salut. Tout au plus doit-il ne pas y résister !

En conséquence, la Grâce de Dieu ne répond aucunement à ce que fait l’homme. D’ailleurs, « c’est Dieu qui opère en nous le vouloir et le faire. », selon l’apôtre Paul. Les actions de l’homme et même sa volonté sont passives à la racine. L’homme a été créé, plus encore que d’argile – d’impuissance absolue. Il ne saurait véritablement et en aucune façon œuvrer à son salut (du latin « ops » : « moyens, ressources, pouvoir ») ; autrement dit avoir pouvoir sur son salut, avoir les moyens de son salut, avoir les ressources de son salut, ni même en aucune façon mériter la Grâce de Dieu.

Nous ne contestons évidemment pas, du point de vue musulman, que tout pouvoir, tout moyen, toute ressource nous viennent de Dieu.
Moins encore nous ne dirions que l’homme trouve sans Dieu son salut – ce qui est en soi une aporie (contradiction insoluble).

Cependant en Islam l’homme est responsable d’œuvrer à son salut : « Nous avons rendu tout homme responsable de sa destinée et, le Jour de la Résurrection, Nous lui présenterons un livre qui sera, sous ses yeux, étalé. » – Al-Isra 17.13.
En conséquence, les efforts de l’homme pieux, ses combats, sa bonté méritent salaire et œuvrent fondamentalement  à son salut : « Dieu Promet à ceux d’entre eux qui croient et effectuent des œuvres salutaires – rémission et immense salaire ! » – Al-Fat-h 48.29.

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