[Je synthétise ici une remarquable réflexion polysémique, approfondie et cohérente, que j’ai trouvée simplement signée « J. », et qui mérite d’être attentivement lue.]

On considère généralement que la sanction du vol dans le Coran est de sectionner la main droite du voleur (ou de la voleuse).
« Le voleur et la voleuse, à tous deux coupez la main, en punition de ce qu’ils se sont acquis, et comme châtiment de la part d’Allah. Allah est Puissant et Sage. »
[5 :38]
Regardons ce qu’il en est concrètement.
La première partie de cette traduction est : « Le voleur et la voleuse, à tous deux coupez la main ». En Arabe, on a : Waalssariqu waalssariqatu faiqtaAAoo aydiyahuma.
Essayons de traduire :
wa = et
alssariqu = le voleur
wa = et
alssariqatu = la voleuse
fa = donc
iqtaAAoo = coupez
aydiyahuma = la main.
Ici, il y a un problème.
Le mot aydi signifie bien « main », mais c’est au pluriel (« mains »).
yad = « main » (singulier => 1 main)
yada ou yaday = « mains » (duel => 2 mains)
aydi = « mains » (pluriel => plus de 2 mains => au moins 3 mains).
Aydiyahuma signifie donc : plus de 2 mains (aydiya) à eux deux (huma).
D’abord, on aurait aimé trouver à la place du mot yad (signifiant « main ») le mot yamin (pluriel ayman) ; mot désignant spécifiquement la « main droite ».
Et surtout, comment faire pour couper plus de 2 mains du voleur ?
Voyons si on ne doit pas prendre cette expression « couper les mains » au sens figuré. Le verbe qataa (couper) possède en effet un sens figuré.
Dans les dictionnaires, on trouve les expressions suivantes :
Qataahu bil hujjati = Il l’a rendu au silence par l’argument
Qataa lisanahu = il l’a fait taire (il lui a coupé la langue)
Qataa al-sabeel = il a bloqué les mouvements
Il y a aussi des exemples dans le Coran, par exemple :
« Or, Nous l’avons sauvé, (lui) et ceux qui étaient avec lui, par miséricorde de Notre part, et Nous avons exterminé (qataAAna dabira) ceux qui traitaient de mensonges Nos enseignements et qui n’étaient pas croyants. »
[7 :72]
(QataAAna dabira = nous avons coupé les restes)
Par conséquent, iqtaAAoo aydiyahuma pourrait très bien vouloir dire « supprimez le pouvoir, la capacité d’agir (pour le coup, de voler) « .
Maintenant, entre l’interprétation au sens littéral (« trancher les mains »), et l’interprétation au sens figuré (« supprimer le pouvoir, la capacité d’agir ») ; laquelle choisir ?
N’allons pas trop vite. Interrogeons de nouveau le coran.
[12:70-79] : « Puis, quand il leur eut fourni leurs provisions, il mit la coupe dans le sac de son frère. Ensuite un crieur annonça : « Caravaniers ! vous êtes des voleurs ».
Ils se retournèrent en disant : « Qu’avez vous perdu ? » 
Ils répondirent : « Nous cherchons la grande coupe du roi. La charge d’un chameau à qui l’apportera et j’en suis garant ». 
« Par Dieu, dirent-ils, vous savez certes que nous ne sommes pas venus pour semer la corruption sur le territoire et que nous ne sommes pas des voleurs ». 
– Quelle sera donc la sanction si vous êtes des menteurs ? (dirent-ils). 
Ils dirent : « La sanction infligée à celui dont les bagages de qui la coupe sera retrouvée est : [qu’il soit livré] lui-même [à titre d’esclave à la victime du vol]. C’est ainsi que nous punissons les malfaiteurs ». 
[Joseph] commença par les sacs des autres avant celui de son frère; puis il la fit sortir du sac de son frère. Ainsi suggérâmes-Nous cet artifice à Joseph. Car il ne pouvait pas se saisir de son frère, selon la justice du roi, à moins que Dieu ne l’eût voulu. Nous élevons en rang qui Nous voulons. Et au-dessus de tout homme détenant la science il y a un savant [plus docte que lui]. 
Ils dirent : « S’il a commis un vol, un frère à lui auparavant a volé aussi. « Mais Joseph tint sa pensée secrète, et ne la leur dévoila pas. Il dit [en lui même] : « Votre position est bien pire encore ! Et Dieu connaît mieux ce que vous décrivez ». 
– Ils dirent : « Ô Al-Azize, il a un père très vieux; saisis-toi donc de l’un de nous, à sa place. Nous voyons que tu es vraiment du nombre des gens bienfaisants ». 
– Il dit : « Que Dieu nous garde de prendre un autre que celui chez qui nous avons trouvé notre bien ! Nous serions alors vraiment injustes. »
Nous voyons ici que Joseph et ses frères, qui comme Muhammad suivaient les lois divines (cf [12:38]) n’ont pas proposé que le vol soit puni par le sectionnement de la main ; mais que le voleur répare sa faute en se faisant esclave : autrement dit, en sacrifiant son pouvoir et sa capacité d’agir).
Ce qui indique que la punition prévue pour le vol dans les lois de Dieu n’est pas le sectionnement physique de la main, mais la restriction du pouvoir du voleur.
Une autre expression à laquelle on n’a pas suffisamment prêté attention est la suivante : jazaan bi ma kasaba, traduite dans le verset [5 :38] par « en punition de ce qu’ils se sont acquis ».
Le mot jazaa signifie « compensation », « récompense », « rétribution », « sanction ».
Or, dans le Coran, il est fréquemment rappelé que la compensation (jazaa) d’une action en est l’équivalent (mithla) :
« La sanction ( jazao) d’une mauvaise action ( sayyi-atin) est une mauvaise action [une peine] ( sayyi-atun) identique ( mithluha). 
Mais quiconque pardonne et réforme, son salaire incombe à Allah. Il n’aime point les injustes ! »
[42 :40]
Notez au passage que la compensation ( jazao) associée a une mauvaise action ( sayyi) est elle-même qualifiée de mauvaise action ( sayyi) !
[10 :27] : Et ceux qui ont commis de mauvaises actions, la rétribution jazaa d’une mauvaise action sera l’équivalent ( mithliha). […]
On retrouve ce même principe dans d’autres versets :
« Et Nous y avons prescrit pour eux vie pour vie, oeil pour oeil, nez pour nez, oreille pour oreille, dent pour dent. Les blessures tombent sous la loi du talion . Après, quiconque y renonce par charité, cela lui vaudra une expiation. Et ceux qui ne jugent pas d’après ce qu’Allah a fait descendre, ceux-là sont des injustes. »
[5 :45]
Or, supposons que la sanction du vol soit de trancher les mains du voleur.
Si le voleur vole pour un montant de 1 dirham, sa sanction sera la même que s’il vole pour un montant de 1 millard de dirhams !
Ce qui est clairement incompatible avec la loi de l’équivalence telle qu’elle est présentée dans les versets ci-dessus.
Mais par contre, si la peine est comprise dans son autre sens possible, alors il y a moyen de proportionner le niveau de la sanction au montant du vol.
Ce qui donne tout son sens a l’expression jazaan bi ma kasaba = une compensation pour ce qu’ils ont acquis (dans le cas présent, volé).
Notons en outre que, si on prend le verset au sens figuré, on peut l’appliquer au voleur récidiviste ; tandis que si on le prend au sens littéral, on ne peut pas, du fait qu’on ne peut pas trancher les mains d’une personne deux fois !
Par conséquent, la sanction physique n’a pas d’effet dissuasif sur le voleur ; alors que le qualificatif nakalan impose que la sanction en ait un.
Un dernier point. Prendre la sanction au sens figuré prend justement tout son sens si on veut donner au voleur la possibilité de s’amender (comme prévu au verset suivant) :
« Mais quiconque se repent après son tort et se réforme, Dieu accepte son repentir. Car, Dieu est, certes, Pardonneur et Miséricordieux. » 
[5:39]
Comment peut-on retrouver une vie normale, comment peut-on subvenir aux besoins de sa famille, comment peut-on combattre les oppresseurs, des lors qu’on est physiquement privé de ses mains ?
En conclusion, il est maintenant évident que la sanction du vol « coupez les mains » est à comprendre, non pas littéralement, mais au sens figuré, dans le sens de « supprimer/restreindre la pouvoir/ la capacité d’agir ».
En soi, le verset [5 :38] pourrait permettre les 2 interprétations, mais, 1) compte tenu de l’histoire de Joseph et de ses frères où le présumé vol n’allait pas être sanctionné du sectionnement de la main du voleur – et 2) du fait qu’une sanction doit être proportionnée a la gravité de la faute, l’interprétation littérale doit logiquement être rejetée.
Comme on l’a vu, les mains représentent ce qui permet d’agir, ce qui donne du pouvoir, les ressources. « couper les mains » signifie donc supprimer ou tout au moins restreindre la capacité d’agir, le pouvoir, ou les ressources du voleur.
Quand le frère de Joseph avait proposé de se mettre au service de ce dernier, c’était un peu tout cela à la fois…
On peut encore retenir en conclusion que lorsqu’on interroge sérieusement et sincèrement le Coran sur un sujet donné, on se doit de considérer non pas un seul verset, mais tous les versets susceptibles d’apporter un éclairage sur la question.
Et Allah Sait Mieux.
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